POISSY (78) : cimetière de la Tournelle

samedi 4 décembre 2021
par  Philippe Landru

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Dominant la ville, la vue porte sur la collégiale de Poissy, où fut baptisé Saint-Louis.

Poissy à une histoire très riche : ville médiévale d’importance du domaine royal, elle vit naître les rois Saint-Louis et Philippe III. Richement dotée, elle attira à cette époque tant les commerçants (son marché aux chevaux et aux bestiaux était connu jusqu’à Paris) et les nombreuses congrégations religieuses qui s’y installèrent (dominicaines, ursulines...). L’abbaye dominicaine en particulier était immense. De ce passé médiéval, Poissy possède des traces éparpillées dans toute la ville, en particulier l’enclos de l’abbaye et des morceaux importants de sa muraille. En 1561 y eut lieu un fameux colloque, tentative vaine de réconciliation entre catholiques et protestants, en présence de la famille royale.

Au XIXe siècle, elle devint un lieu de villégiature pour la bourgeoisie parisienne, séduite par ses bords de Seine et ses îles. Comme nous le verrons, dans le sillage du peintre Ernest Meissonier, très en vue à l’époque, s’établit une petite « école de peinture » ce qui explique la présence au cimetière de nombreux peintres. A la même époque, l’ancien couvent des ursulines devint la maison centrale de Poissy, ouvrant la page de l’histoire judiciaire de la ville car nombre de détenus célèbres y résidèrent (où y résident encore).

Jusqu’ à la fin du XVIIe siècle, le cimetière de Poissy était rue de l’ église, entre l’ avenue Messonier et la rue de la Caserne, puis il fut déplacé derrière l’ église Notre Dame à l’ emplacement de l’ actuelle rue Saint Louis. Le cimetière actuel, dit des Tournelles, fut ouvert en 1827 sur un vaste terrain dominant la ville. Les deux tombes les plus anciennes encore en place datent de 1829 : celles de Marie-Anne Baudelaire, épouse Noverre de Séricourt et d’ Antoine Noverre de Séricourt, contrôleur général des fermes du roi, marquées par deux stèles.

Le cimetière ancien de Poissy s’étire sur le côteau en direction du plateau de Beauregard. Il possède, dans sa partie ancienne, à droite de l’entrée principale, un certain nombre de tombes du XIXe siècle, pas toujours en bon état, qui témoignent des notabilités vivant dans la commune.

Comme dans n’importe quel autre cimetière, maires, curés, résistants et soldats qui donnèrent leur nom aux rues de la ville, y possèdent leur sépulture (Jacob Courant, Roland Le Nestour, Louis Lemelle...)


Curiosités


- Une communauté protestante se développa qu’à l’extrême fin du XVIIIe siècle à Poissy. Cette communauté fut, pendant plusieurs années, formée principalement de deux familles, celle de Jacob Courant et celle de Bernard Gros, qui vinrent s’installer sur les lieux mêmes du Colloque de Poissy. Jacob Courant était issu d’une famille protestante des Cévennes réfugiée en Suisse, tandis que Bernard Gros était né en 1770 à Genève où son père François, originaire du Dauphiné, s’était réfugié. Les protestants de Poissy furent actifs dans la vie de la cité. Ils étaient présents dans la politique locale et plusieurs d’entre eux devinrent maires. Certains devinrent artistes-peintres. Si Ernest Meissonier était catholique, sa femme Emma Steinheil, était luthérienne. Son fils Charles, avant même son mariage avec Jeanne Gros, s’est rapproché du protestantisme, et son gendre Gustave Méquillet vient d’une famille protestante d’Héricourt. Le frère de Jeanne, Lucien Gros faisait partie des élèves d’Ernest.

On trouve dans la partie ancienne du cimetière un grand nombre de tombes unissant par de nombreux implexes les familles protestantes : Coninck, Winslow, Kuhlmann, Gros...

- Du monastère des Dominicaines, il ne reste plus que des souvenirs : le parc et son vivier, le mur d’enceinte et ses tours que l’on peut encore voir rue Michel-de-l’Hospital et rue de la Tournelle, la grange, dont les dimensions restent impressionnantes malgré l’amputation de plus de la moitié de sa longueur et surtout l’enclos de l’Abbaye. Fondé l’année de la canonisation de saint Louis (1297), construit sur ordre de Philippe le Bel, le long de l’enceinte ouest de la ville, le prieuré royal pouvait accueillir jusqu’à 200 jeunes filles de la noblesse. L’église principale du couvent était de grande taille (82,5 m de long sur 30 de large) dans le style gothique flamboyant. Vendu comme Bien National à la Révolution, le monastère fut divisé entre différents acquéreurs. Le peintre Ernest Meissonier s’installa au sein de l’enclos en 1846. C’est là qu’il peignit la plupart de ses œuvres et qu’il accueillit ses élèves parmi lesquels son fils Charles, Lucien Gros, Édouard Detaille, Daniel Ridgway Knignt, Alphonse Moutte.

- Félix Févola était un statuaire pisciacais : il ne repose pas ici mais au cimetière de Bagneux. Poissy possède néanmoins un certain nombre de ses oeuvres (statue de Saint-Louis), dont le monument aux morts du cimetière.

- Dans le caveau Haussmann repose Hélène Haussmann née de Poggenpohl, qui fit partie en mai 1897 des victimes du bazar de la Charité.

- L’ingénieur Maxime Laubeuf, membre de l’Académie des Sciences, à qui l’on doit la mise au point des premiers sous-marins modernes, était issu d’une famille de charpentiers pisciacais. Il repose au cimetière du Grand-Jas de Cannes, mais ses parents et grands parents reposent ici.

- Reposent ici les parents de la chanteuse Catherine Lara (née Bodet à Poissy) dont le père était médecin dans la commune.

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Tombe de famille Donat Agache


Célébrités : les incontournables...


Trois de mes arrière-grands-parents, mes grands-parents, des membres de ma famille, et un nombre incalculable de gens que j’ai connus.


... mais aussi


- Adolphe BEZANSON (1804-1860) : notaire à Poissy, il fut député de Seine-et-Oise de 1848 à 1849, siégeant à droite.

- L’architecte Théophile BOURGEOIS (1858-1930), qui œuvra beaucoup dans les communes de l’arrondissement de Mantes et Versailles. Il fut l’auteur de bâtiments publics de Poissy, tels que le kiosque de la mairie, les abattoirs, et l’un des premiers postes de télégraphes, ou encore la réhabilitation et l’extension du château de Villiers du XIXe siècle. Tous les Pisciacais connaissent la « maison Bourgeois » qu’il réalisa et qu’il habite à Poissy. Dans le caveau repose également son fils, l’architecte Paul BOURGEOIS (1890-1963), qui réalisa sur l’île de Platais la plage de Villennes en 1935.

- Le poète G. BOURET (1851-1927), auteur de textes qui furent chantés.

- Parmi les tombes de CONINCK, celle de Robert (1885-1934), illustrateur qui laissa peintures et affiches.

- Le peintre Maurice COURANT (1847-1924), élève d’Ernest Meissonnier, qui part dès 1868 au Salon des artistes français. Il fut essentiellement un paysagiste des bords de mer.

- Le chef d’orchestre Léon DELIANCE (1871-1926) est inhumé sous un buste réalisé par le sculpteur pisciacais Félix Févola.

- Jean DESCHANEL (1904-1963) : fils de Paul Deschanel, il mena une carrière de haut fonctionnaire avant de se lancer en politique : il fut Député d’Eure-et-Loir de 1939 à 1942. Il repose dans la sépulture de la famille de son épouse.

- Lucien GROS (1845-1913) : ami d’enfance de Charles Meissonier, il fut l’élève de son père (Ernest Meissonier -vois plus loin). Peintre, il commença par représenter des scènes historiques, puis s’inspira des paysages bretons et se tourna vers le réalisme en peignant la vie quotidienne des travailleurs de la mer. Il exposa au Salon à partir de 1867.

- Fernand LEFÈBVRE (1905-1946) : aviateur, résistant et pilote de chasse durant la Seconde Guerre mondiale, puis pilote d’essai après-guerre, il mourut en Argentine en service aérien commandé.

- Le chirurgien et urologue Félix LEGUEU (1863-1939), membre de l’Académie de médecine, chirurgien à l’hôpital Necker et à l’hospice de Bicêtre, qui mourut intoxiqué par le monoxyde de carbone durant son sommeil. Il repose dans la chapelle Bonnet.

Jean Louis-Ernest MEISSONIER (1815-1891) vécut une grande partie de sa vie dans cette commune dans laquelle il avait acquit une propriété dans l’enclos de l’Abbaye, et dont le parc qui porte son nom recouvre une partie du terrain.

Ce peintre très honoré du Second empire, membre de l’Institut, fit fortune car ses œuvres correspondaient aux goûts d