Karl Marx et sa descendance française

dimanche 17 février 2013
par  Philippe Landru

On imaginerait la descendance de Marx au Royaume-Uni, voire en Allemagne. Celle-ci est en réalité française, et ses membres les plus éminents se trouvent au Père Lachaise. Petit état des lieux.

Karl MARX (1818-1883). Selon le bon vieux principe que plus la notoriété d’une personne est grande, moins on en parle, je renverrais à d’autres sites pour connaître la pensée marxiste. Rappelons cependant qu’il fut un philosophe et économiste socialiste allemand, que la pensée qu’il développa dans ses ouvrage (le Manifeste du parti communiste, le Capital, et les interprétations qui furent faîtes de son œuvre, furent à l’origine de tous les mouvements socialistes autour de la planète, à la base de la formation de l’URSS et de tous les Etats communistes.

Il fut contraint à l’exil par les autorités prussiennes et se réfugia en Angleterre où il vécut dans des conditions difficiles, assisté de l’aide financière de son ami Engels.

Il fut inhumé au cimetière de Highgate. Sa pierre tombale d’origine, très modeste, se trouve toujours dans un autre coin du cimetière et c’est bien plus tard, en 1956, que le gouvernement soviétique lui fit construire ce monument actuel, et cette massive tête en bronze. C’est aujourd’hui l’ambassade de Chine à Londres qui entretiendrait la tombe !

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Tombe originale de Karl Marx
Cimetière d’Highgate

L’inscription, gravée sur le marbre, résume à elle seule la pensée de Marx : « Workers of all lands unite. The Philosophers have only interpreted the world in various ways. The point however is to change it »

Ce monument fut plusieurs fois vandalisé, en particulier par des activistes skinheads.

Bien qu’il n’ait pas été stricto-censu membre de la famille, profitons-en pour présenter Friedrich ENGELS (1820-1895). Philosophe allemand dans l’ombre de Marx, bien qu’une part essentielle de la pensée communiste lui revienne, leur destin commun fut associé dès 1844. Engels participa en Prusse à la révolution de 1848, et c’est en 1849 qu’avec Marx, ils furent contraints de partir en exil à Londres. Son apport considérable se fit finalement après la mort de Marx en 1883 : il réunit ses brouillons pour assurer la publication posthume des livres II et III de l’ouvrage Le Capital, assuma aussi l’édition et la traduction d’autres écrits de Marx, et travailla à l’unification des différents partis ouvriers marxistes au sein de la Deuxième Internationale. Certains lui reprochèrent d’avoir parfois dénaturé la pensée de Marx.

Engels ne possède pas de tombe : à sa mort en 1895, selon ses dernières volontés, il fut crématisé et ses cendres furent dispersées en mer du haut de l’impressionnante falaise de Beachy Head, près de Eastbourne, dans l’East Sussex - Royaume Uni.

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falaise de Beachy Head.
C’est de cet endroit que les cendres de F. Engels furent dispersées en mer.

Karl Marx épousa une amie d’enfance, Jenny Von Westphalen (1814-1881). Il eut avec elle sept enfants. Elle repose avec son époux dans le tombeau d’Highgate.

La présentation ne serait pas exhaustive si on passait sous silence la présence dans le tombeau de Highgate de Helena Demuth (1823-1890).

Domestique, gouvernante, amie et camarade de combat politique du couple Marx, elle mit en 1851 au monde un garçon, Frederic Demuth, sans indiquer le nom du père. Des années plus tard, Friedrich Engels reconnut la paternité, probablement pour soulager Karl Marx des spéculations sur celle-ci. Mais cela ne suffit pas à briser les rumeurs. Après la mort de Karl Marx, Helene Demuth rejoignit Engels, dont elle devint la gouvernante. Avec lui, elle organisa la succession historique de Karl Marx. À la demande de Jenny Marx, elle fut enterrée dans la tombe de la famille Marx. Karl Marx fut sans doute le père de cet enfant, qui mourut en 1929.


2nde génération


Des sept enfants du couple, trois filles seulement survécurent :

-  Jenny Caroline Marx (1844-1883), connue sous le nom de « Jennychen » dans le cercle de Marx. Elle fut une militante socialiste, et écrivit pour la presse socialiste en France dans les années 1860.
Elle épousa Charles LONGUET (1839-1903), opposant au Second Empire et proche de karl Marx. Après plusieurs périodes d’exil, il revint à Paris en 1870. Pendant le siège de Paris par les Prussiens, il devint membre du Comité central républicain des Vingt arrondissements. Durant la Commune, il fut rédacteur en chef du Journal officiel. Après la Semaine sanglante, il se réfugia à Londres. Il fut condamné à la déportation par contumace. Redevenu membre du Conseil général de l’Internationale, il vota l’exclusion de Michel Bakounine en 1872. C’est cette même année qu’il épousa Jenny. En 1874, il fut nommé professeur au King’s College d’Oxford. Il revint à Paris après l’amnistie de 1880, et collabora au journal La Justice de Clemenceau et s’oppose à Jules Guesde dans la diffusion des idées marxistes par vulgarisation à la française.

Jenny mourut à Argenteuil en 1883, et fut inhumée dans cette commune (cimetière inconnu). Son époux Charles fut inhumé dans la 92ème division du Père Lachaise où se trouve encore sa tombe.

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Tombe de Charles Longuet
Père Lachaise, 92ème division.
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Dans quelques temps, la stèle sera totalement illisible.

Le couple eut cinq enfants : c’est par lui qu’il existe une descendance vivante à Karl Marx, puisque les autres filles n’eurent pas de postérité.

- Laura Marx (1845-1911), fut également militante socialiste. Elle aussi épousa un collaborateur de son père, Paul LAFARGUE (1842-1911). Issu d’une famille amérindienne, étudiant en médecine, il émigra à Londres où il devint un familier du cercle de Karl Marx. Il épousa Laura en 1868. Il rentrèrent en France et il devient membre de la Première Internationale. Il fut élu au conseil général de l’Internationale où il représenta l’Espagne, participa à la Commune de Paris en 1871, puis gagna l’Espagne où il fonda, à Madrid, une section marxiste (1871) de la Ire Internationale. Il y dirigea des groupes ouvriers et combatit les thèses anarchistes. Lafargue revint à Londres où il rencontra Jules Guesde, avec qui, en France, il fonda le Parti ouvrier (1880) et son périodique, Le Socialiste (1885-1904). Il fut incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, où il rédigea le pamphlet le Droit à la paresse. Il fut député du Nord de 1891 à 1893.
À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l’Humanité.

En 1911, il se suicida à Draveil avec sa femme, en se justifiant dans une courte lettre : « Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l’existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. » Lénine, qui était alors en exil en France, participa à son enterrement.

Le couple eut trois enfants qui moururent en bas-âge. L’un d’eux, Laurent, fut inhumé au cimetière de Luchon (31). Tous deux reposent dans le caveau de famille Longuet, dans la 76ème division du Père Lachaise.

- Eleanor Marx (1855-1898) : très jeune, elle devint la secrétaire de son père et le suivit lors de ses conférences sur le socialisme. C’est ainsi qu’elle se lia au journaliste français Prosper-Olivier Lissagaray, malgré l’opposition de la famille Marx en raison de leur différence d’âge. Elle participa au soutien des ouvriers socialistes en lutte lors de la Commune de Paris, ainsi qu’à l’accueil des réfugiés fuyant la répression versaillaise. Elle fut même emprisonnée en France en août 1871 lorsqu’elle s’y rendit. Elle devint institutrice à Brighton, puis rejoignit Lissagaray et l’aida à écrire son Histoire de la Commune de 1871 (qui fut traduit par son père en anglais). Elle quitta finalement Lissagaray et dut assumer la tâche de préparer ses manuscrits inachevés pour leur publication. Eleanor dut aussi s’occuper de la publication anglaise du Capital. Elle se lia avec le scientifique socialiste Edward Aveling. De 1884 à sa mort, elle fut une ardente propagatrice du socialisme révolutionnaire en Europe. Bafoué par Aveling, elle se suicida. Elle fut crématisée à Woking puis ses cendres furent conservées à la Karl Marx Memorial Library de Londres, avant d’être transférées en 1956 dans le caveau familial de Highgate, où son identité est clairement indiquée sur la plaque.


3ème génération


Comme nous l’avons dit, Laura et Eleanor n’ayant pas eu de descendance, la seule descendance légitime de Karl Marx fut celle du couple Longuet - Marx.

Le couple eut cinq garçons et une fille :

- Charles Félicien Longuet (1873-1874). Aucune information sur son lieu d’inhumation.

- Jean LONGUET (1876-1938) : membre du P.O.F, il quitta ce parti qu’il jugeait insuffisamment dreyfusard en 1898, mais participa bientôt aux démarches d’unification du mouvement socialiste français et participa à la fondation de L’Humanité avec Jaurès. Membre de la commission administrative de la SFIO dès ses débuts, il y fut constamment réélu jusqu’à sa mort. Elu député de la Seine en 1914, il dinait avec Jaurès au café du croissant le jour où ce dernier fut assassiné. Pendant la Première Guerre mondiale, il mena la tendance dite minoritaire de la SFIO, qui adopta une position pacifiste mais continua de voter les crédits de guerre.
Au congrès de Tours, qui vit la scission de la SFIO et la création du parti communiste, Longuet joua encore un rôle central. Partisan d’une adhésion à la IIIème Internationale menée par le parti communiste russe, il n’accepta cependant pas les conditions fixées par Lénine et entendit notamment maintenir l’unité des socialistes français.
Il devint en 1929 maire de Châtenay-Malabry. D’une lucidité étonnante, il dénonça dès 1919 les méfaits à venir du Traité de Versailles sur une guerre prochaine. De la même manière, il fut un anti-munichois qui annonça de manière très claire et prophétique les conséquences des reculades face à Hilter. Il fut enfin un ardent anticolonialiste à une époque où cela ne faisait pas partie des priorités de la gauche. Il mourut d’une hémorragie interne suite à un accident de voiture.

Il repose avec son épouse dans la 76ème division, dans le caveau familial où reposent également les Lafargue, et dans lequel repose également ses descendants (voir générations suivantes).

- Henri (Harry) Longuet (1878-1883) : on trouve la présence de cet enfant de cinq ans sur le tombeau familial de Highgate.

- Jean Edgar Longuet (1879-1950) : médecin, il mourut à Alfortville. J’ignore pour l’instant où il fut inhumé.

- Marcel Longuet (1881-1949) : journaliste, a priori mort à Paris. Aucune information sur son lieu d’inhumation.

- Jenny « Mêmê » Longuet (1882-1952). Aucune information sur son lieu d’inhumation.


4ème génération


N’ayant aucune connaissance sur le devenir, voire la postérité des trois autres enfants du couple Longuet-Marx, nous nous concentrerons sur la descendance de Jean Longuet. Ce dernier eut deux fils :

- Robert-Jean LONGUET (1901-1987) : avocat, il suivit la tradition familiale et consacra l’essentiel de son activité militante et d’avocat au combat contre la politique française au Maroc et à la défense des militants nationalistes marocains. Il repose dans le caveau familial de la 76ème division du Père Lachaise.

- Karl-Jean LONGUET (1904-1981) : en rupture avec la tradition socialiste familiale, il devint sculpteur. À partir de 1932, il exposa au salon d’automne et présenta également ses œuvres aux Salons des Tuileries et des Indépendants. Ses premières sculptures, bustes ou grandes figures, épurent les volumes et les formes du corps humain dans le sens du dépouillement. La rencontre de Brancusi en 1948 et ses recherches personnelles l’amenèrent à accentuer le dépouillement de ses sculptures, taillées dans la pierre, le granit ou le marbre, le bois, mais aussi réalisées en bronze, en plomb et en cuivre, qui le mène autour de 1954 au seuil de la non-figuration. À partir de 1956 il collabora avec les architectes dans la création de nombreuses sculptures monumentales pour des collèges et lycées. Ses œuvres sont également présentes sur des places publiques et dans de grands ensembles. Il réalisa enfin plusieurs médailles pour la Monnaie de Paris. Il vient d’être rejoint dans le tombeau familial par son épouse, la sculptrice non figurative Simone BOISECQ (1922-2012).


Commentaires

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Karl Marx et sa descendance française
vendredi 13 mai 2016 à 10h22 - par  Betty

C’est le tombeau de Jennychen qui est inconnu pas la cimetière à Argenteuil. Seule la Cimetière du centre, rue de Calais, existait à l’époque mais on ne peut plus identifier son tombeau. Il faut le trouver !

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Karl Marx et sa descendance française
jeudi 28 février 2013 à 12h13 - par  Olivier Longuet

Bonjour,
Je m’appelle Olivier Longuet, je suis le fils de Marc Longuet, petit-fils d’Edgar Longuet, arrière petit-fils de Charles Longuet, lui même fils de Marcel Edgar Longuet (le docteur) et de Blanche Beurier.
Depuis quelques temps j’essaye de faire mon arbre généalogique mais je rencontre qq soucis, peut être par manque d’infos.
Je vois aussi que vous avez continuez l’arbre de ma famille a partir de Jean Longuet (avocat) et de sa femme Anne Valeria Desiree Desvaux.
Je serais tres heureux de vous apporter les infos complémentaires dont vous auriez besoin afin d’étendre l’arbre.
Je reside a Singapore, mais je suis joignable par email : snefrou2@yahoo.co.uk
Au plaisir de vous lire,
Olivier Longuet

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