Père Lachaise : tombeaux remarquables de la 48ème division

mercredi 28 avril 2021
par  Philippe Landru

Bien sur, la présence de Balzac rend ce secteur incontournable. Pourtant, en dehors de sa tombe, on s’aventure peu dans cette division qui tourne autour de l’immense « phare » de Félix de Beaujour que l’on aperçoit de partout. Découverte de ses tombeaux...


LES PERSONNALITÉS


- BALZAC Honoré de
- BEAUJOUR Félix de


... mais aussi


-  L’historien Anais BAZIN de RAUCOU (1797-1830), qui fut également garde du corps de Louis XVIII. Dans le même tombeau repose Louis Eugène SALLARD (1827-1881), qui fut député de la Seine-et-Marne de 1876 à 1881.

- Pierre Maxime BOUCHERON (1846-1896) : critique dramatique, librettiste et auteur de vaudevilles, il fut rédacteur au « Figaro ». Son buste est une œuvre du sculpteur grec Leonidas Drosis.

- Le chansonnier Ernest CHEBROUX (1840-1910) qui connut le succès en se produisant dans les cabarets fameux de son époque. Membre de la Lice chansonnière depuis 1873, il milita toute sa vie pour la chanson, organisant des concerts et collaborant aux journaux de chansons. Sa tombe recouverte de mousse est quasiment illisible de nos jours.

- Le fabricant de chaussures Sarkis DER BALIAN (?-1996) : Arménien de Cilicie, il s’installa en France en 1929 et devint progressivement le « chausseur des stars » de son époque. Parmi ses clients figurèrent Mistinguett, Garbo, Dali, Aragon ou encore Paul Belmondo.

- Le sociologue roumain Mattei DOGAN (1920-2010), qui fut chercheur au CNRS et enseigna en Californie.

- Le ferronnier d’art Auguste DONDELINGER (1876-1940).

- Lucien Ludovic Eugène FAUCOU (1861-1894), qui fut conservateur (1893) de la bibliothèque et des collections historiques de la Ville de Paris.

- Le statuaire et médailleur Paul GAYRARD (Joseph Gayrard : 1809-1855).

- Le peintre Louis-François HÉRISSON (1810-1839). Paysagiste et portraitiste, il fut l’auteur de scènes de genre dans la tradition des peintres romantiques.

- L’amiral Charles JAURÈS (voir le tombeau Félix de Beaujour)

- Le fabuliste saint-simonien Pierre LACHAMBEAUDIE (1806-1872), qui fréquenta les guinguettes. Directement inspirées de La Fontaine, ces poésies connurent un succès considérable. Il repose sous un buste en bronze de Ferdinand Taluet.

- L’émailleur Louis-Hippolyte-Auguste LEFOURNIER (1802-1859).

- L’artiste Jacqueline MIGNOT (1926-2005).

- Le minéralogiste portugais Antoine MONTEIRO (1769-1834)

- Antonio PACINI (1778-1866) : compositeur, chef d’orchestre et éditeur de musique italien. Il donna des leçons aux figures notables de son époque (nièces de Joseph Bonaparte, maréchale Bernadotte, princesse Borghèse...) et vulgarisa en France des opéras des compositeurs italiens Rossini, Donizetti, et Bellini.

- L’ingénieur et poète franc-comtois Paul RESENER (1839-1921), dans un monolithe orné d’une plaque en lave émaillée.

- Le romancier et auteur dramatique Frédéric SOULIÉ (1800-1847), qui fut avec Balzac, Dumas et Sue l’un des quatre grands feuilletonistes de la monarchie de Juillet (force est de constater qu’il est aussi le plus oublié de tous) . Fécond, très populaire à l’époque, il fut l’auteur des grands succès que furent Les Mémoires du Diable et, au théâtre, La Closerie des genêts. A l’époque pourtant, une foule considérable assista à ses obsèques. Victor Hugo prononça un discours à ses obsèques et Alexandre Dumas, pressé par la foule de dire quelque chose, s’effondra en sanglots. Son médaillon en ronde-bosse est d’Auguste Clésinger.

- Emile SOUVESTRE (1806-1854) : avocat, journaliste et écrivain, son œuvre abondante traite de sujets variés, notamment, sous forme de récits documentaires ou de fiction, de l’ethnographie de la Bretagne. Il a ainsi contribué, sous la Monarchie de Juillet, à la formation d’une image littéraire et politique de cette région. Il était le grand-oncle du journaliste et écrivain Pierre Souvestre (co-auteur de Fantômas). Son buste fut réalisé par Philippe Grass.

- Théophile THORÉ-« BÜRGER » (Théophile Thoré : 1807-1869) : journaliste et critique d’art, avocat de formation, il fut très engagé politiquement et fonda en 1848 à Paris le quotidien La Vraie République, rapidement interdit par Cavaignac. Il dut s’exiler et revint en France en 1859. Il défendit le réalisme en peinture, mais fut surtout connu pour avoir redécouvert Vermeer, qui était à l’époque presque totalement inconnu. Pendant ses années d’exil, il se lança dans une enquête à la recherche des œuvres de Vermeer, parfois connues mais attribuées à d’autres peintres. Il en reconnut 70, alors que les procédés d’analyse moderne n’avaient authentifié finalement qu’une quarantaine de Vermeer authentiques. Il repose sous un médaillon de David-d’Angers.


Anecdotes et curiosités


Un lieu bien calme où le sang coula naguère

Cette division est l’un des secteurs où les combats furent les plus acharnés les derniers jours de la semaine sanglante qui vit la fin de la Commune de Paris.

Cette gravure représente les derniers combats des Communards. On remarque bien des détails qui permettent de voir que l’artiste avait prit connaissance du lieu : de part et d’autre, la tombe de Nodier (désormais en partie cachée par une chapelle) et le buste de Balzac. On repère bien entre les deux le profil sculpté de la tombe Sarazin. En revanche, il a un peu « triché » avec la tombe Souvestre (dont on reconnaît au premier plan la forme qui n’a rien de classique) : il l’a faite plus petite, pour ne pas occulter les combats du second plan.

Le père du Saint-Esprit repose au Père Lachaise

Un étrange personnage repose dans cette division (son identité est inscrite au dos de la stèle familiale) : François Bonjour (1751-1846). Vicaire (avec son frère Claude) de l’église de Fareins (01), ce janséniste adhéra à la secte des convulsionnaires en y entrainant une bonne partie des paroissiens. Condamnés par les autorités ecclésiastiques, les fareinistes essaimèrent en France, organisés en sociétés secrètes. Il eut avec une de ses disciples (qui auraient eu des visions célestes) une dizaine d’enfants dont l’aîné, Elie, fut considéré par la secte comme le Saint-Esprit ! François Bonjour se fixa à Paris où il organisa une communauté mystique et se rallia avec enthousiasme à la Révolution.

J’irai dormir sur vos tombes

Comment marchent les légendes ! Qui n’a jamais entendu parler des légendes qui s’attachent au tombeau de la princesse Demidoff, qui repose dans la 19ème division, et de la supposée « offre » d’une fortune (la somme varie beaucoup selon les « sources » : elle a même été dans les sites les plus récents convertie en euros !) à qui reposerait toutes les nuits un an dans son tombeau ? Cette légende est ancienne : le remarquable article de Marie Beleyme sur ce sujet, avec documents à l’appui, lui tord le cou mais on sait bien que des gogos continueront à y croire, l’abat-jour qui s’est posé sur le pays des Lumières prenant de plus en plus de place. Etant donné que l’on ne prête qu’aux riches, Michel Dansel, dans les années 70 [1], n’hésita pas à associer également à cette légende la tombe Dias-Santos qui se trouve dans cette 48ème division qui fait l’objet de cet article.

A la base de cette association, le tombeau que la duchesse de Duras éleva à sa fille, Charlotte-Emilie de Dias-Santos, morte à 16 ans. Un obélisque est orné d’un bas-relief représentant l’Ange tutélaire qui enlève du tombeau la jeune fille, encore enveloppée du linceul, pour la transporter au ciel (œuvre de Fessard). Une porte, désormais fermé par des parpaings [2], donnait sur un escalier menant au tombeau.

Bref, depuis ce « rajout de légende » par Dansel, on trouve évidemment de nombreux articles qui, au premier degré, prête à la tombe Dias-Santos les élucubrations de la tombe Demidoff, y ajoutant chacun des détails. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende !

Divers petits clins-œil

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Jean Morel « blessé sur la route, mort à l’hôpital américain de Beaujon en septembre 1944 »

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Piotr et Malgorzata Zakrzewski
Evocation d’un fait-divers sordide : toute une famille (les parents et deux enfants) retrouvée à Sceaux en 1996 égorgée et pendue dans une maison impeccable. La mère aurait tué tout le monde avant de nettoyer la maison puis se pendre.

Réalisations artistiques


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Tombeau Delphine de Cambacérès
Fille présumée du duc de Morny, elle repose face à son tombeau. Son buste en marbre blanc est signé Amédée Jouandot.
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Chapelle Salvage de Faverolles
Ornée de deux pleureuses attribuées à Jules Dalou et de bas-reliefs de Gabriel-Vital Dubray.
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La belle tête en marbre ( réplique de la Madone de Bruges de Michel-Ange) qui ornait la tombe Jouhanneau ne s’y trouve plus.
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Tombe KARAKÉHIA Bey
Bas relief fleuri d’une infinie finesse. Famille arménienne d’Istambul.
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Tombe Jonckèle - Guibout
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Tombe de la princesse Zénaïde Dolgorouky
Ces photos montrent la sépulture avant la mise en place des vitrages blindés pour la protéger.
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Dans la même division, mais dans une autre tombe, repose un autre prince de cette famille : Michel Dolgoroukoff (+1902)

- La tombe Roussel, fermée hermétiquement, contiendrait un buste en bronze par Jean-Charles Rousseau (à moins qu’il n’ai disparu).
- La tombe Mercier a disparu, et avec-elle le buste en bronze de Michel Louis Victor Mercier.

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Chapelle Girardot-Coupin
Ornée d’un buste féminin et d’un beau vitrail


- Quelques vitraux :

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Chapelle Borderie et Jarrige
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Chapelle Hugot
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Chapelle Puga
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Chapelle Seminario
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Chapelle Cordier-Nique

[1Au Père Lachaise, 1976, p.184. Je ne connais pas de source antérieure qui associe cette légende à la tombe Dias-Santos.

[2Ils ont sans doute été posés par la conservation qui en avait marre des esprits crédules qui allaient tester le terrain pour voir où ils allaient poser leur lit de camp !


Commentaires

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Père Lachaise : tombeaux remarquables de la 48ème division
mercredi 28 avril 2021 à 18h21 - par  cp

S’agissant du « fait-divers sordide de Sceaux », je m’y suis intéressé car il m’arrivait souvent de passer dans cette rue, d’où on ne voyait rien car la villa du massacre était au fin fond d’une longue impasse privée. La mère meurtrière était la fille d’un prestigieux historien polonais, dissident, Bronisław Baczko (1924-2016), qui établi depuis des années à Genève, et assommé par le drame, esquissa l’hypothèse improbable d’un forfait des « Services secrets ». Il fallut des années pour deviner ce qui était arrivé. On finit par apprendre, via les jeunes condisciples des enfants assassinés par leur mère, et scolarisés au Lycée Lakanal, que la mère était en dépression, bien qu’elle et son mari affichassent une réussite professionnelle remarquable. Et qui dit dépression dit antidépresseurs. Et il avait là un parfait tableau de ce qui arrive plusieurs fois par an : Le dépressif apparemment sous contrôle est pris d’une pulsion fulgurante, tue tout le monde et se suicide, et l’enquête est close, car élucidée ! Et jamais ne seront remis en cause ces traitements qui marginalement secrètent des tragédies. A chaque fois que pareille affaire arrive, observez l’accoutumé et rapide processus d’oubli par rapport à l’ampleur immédiate de l’effroi dans les médias...

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Père Lachaise : tombeaux remarquables de la 48ème division
mercredi 28 avril 2021 à 17h46 - par  Frédéric

Bonjour,
La « belle tête en marbre » qui ornait naguère la sépulture Jouhanneau ou Jouhanneaud (et qui effectivement a été retirée ou dérobée) est une copie de la « Madone de Bruges » de Michel-Ange.

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vendredi 14 février 2014

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