BEAUJOUR Félix de (Louis-Auguste Féris : 1765-1836)

Père-Lachaise - 48ème division
mardi 27 avril 2021
par  Philippe Landru

Diplomate en Allemagne et en Grèce, il était proche de Sieyès qui le fit nommer membre du Tribunat. Lors de la dissolution de l’assemblée, il se rendit aux États-Unis en qualité de commissaire général, avec pour mission de faire passer au gouvernement français les sommes qui lui avaient été déléguées sur le Mexique par l’Espagne en acquit de subsides. Après avoir été consul général à Washington de 1804 à 1811, il revint en France en 1814. En 1818, Louis XVIII lui conféra le titre de baron et il transforma alors son nom (Féris) en prénom (Félix). Il fut ensuite député des Bouches-du-Rhône de 1831 à 1834 et pair de France en 1835. En 1836, il fut élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

Il est évidemment aujourd’hui complètement oublié, mais c’est sa tombe qui lui assure la postérité : cette colonne creuse de 22m en forme de phare, qui se trouve au point le plus haut du cimetière, en fait le point culminant du Père Lachaise ! Elle émerge de la végétation et on dit (ce qui est vrai pour l’avoir moi-même observé) que lorsque le regard se porte à l’Est du haut de la Tour Eiffel, elle permet de distinguer le Père Lachaise des autres surfaces boisées de cette partie de Paris (Buttes-Chaumont, parc de Belleville...). Edifiée par l’architecte François-Alexis Cendrier, représentant une lanterne des morts, elle comporte en sous-sol une crypte circulaire et un oratoire.

On lit tout et n’importe quoi sur ce tombeau sur le Net :
- que les érotomanes de superettes se calment ! Contrairement aux dires de certains obsédés qui voient du sexe partout (et qui baptisèrent en leur temps cette tombe la « grande bite ») ; la tombe de Beaujour n’est pas le lieu de bacchanales à n’en plus finir. Aujourd’hui restaurée et close, j’ai connu il y a de cela pas mal de temps l’époque où on pouvait entrer dans ce tombeau. Comme la plupart des sépultures et chapelles offrant un peu d’espace, cela s’apparentait davantage à une décharge publique qu’à un lupanar. Que certains s’en soient servis pour de très rapides ébats, c’est probable, mais de là à en faire un des bordels de la capitale !... De toutes les manières, le Père Lachaise s’est bien assagi depuis les années 70 et la tombe Beaujour n’est désormais plus accessible.
- Pour renforcer la mégalomanie du personnage, on lit souvent qu’il s’y fit inhumer seul ! Rien de plus faux : cinq personnes reposent dans ce caveau, liées généalogiquement. C’est en particulier le cas de l’amiral Charles JAURÈS (1808-1870) [1], qui après avoir pris part à l’expédition d’Alger en 1830, avait embarqué sur le Louxor chargé d’amener en France l’obélisque offert au roi par le Pacha d’Égypte Méhémet Ali (et qui se dresse désormais sur la place de la Concorde). Il participa aux opérations sur les côtes de Chine pour réprimer la révolte des Taiping, en particulier à l’attaque de Shanghai en janvier 1855. Il était le frère aîné de l’officier de marine Benjamin Jaurès (qui repose à Graulhet, dans le Tarn) et un grand-cousin de Jean Jaurès et et Louis Jaurès (qui repose à Castres).


[1Son épouse, Louise Pierrugues de Beaujour, était une parente de Félix de Beaujour.


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