LE VESINET (78) : cimetière
par
Ville résidentielle ultra bourgeoise, bénéficiant d’un environnement privilégié de parcs et d’espaces verts où, depuis le XIXe siècle, artistes, politiques et « vedettes » vivent dans la discrétion de villas cossues, il était normal que le cimetière du Vésinet ait accueilli certaines d’entre-elles. L’endroit est fort agréable à visiter. En outre, un coup de chapeau pour la gentillesse et la disponibilité du personnel du cimetière.
Curiosités
Assez unique : le conservateur a réalisé un répertoire complet des tombes du cimetière (nom et prénom, division et localisation) qu’il met à disposition des visiteurs. On aimerait que ce soit partout pareil !
La pleureuse en marbre sur la tombe de la famille Rocha, œuvre de Pierre Vaudrey.
Une pleureuse en pierre et un médaillon en marbre sur la tombe Esclassan.
Une autre pleureuse en marbre sur la tombe Beck.
Le monument sépulcral des familles Dubois et Bartsch surmonté d’une statue en marbre par Clausse.
Une chapelle édifiée par une mère « à son fils bien-aimé » : outre les colonnes, surmontées de deux bustes en marbre représentant deux femmes sous linceul, l’intérieur offre à la vue un très beau bas-relief non signé.
Une petite statue d’une grande finesse intitulée « Jamais plus » sur la tombe Maugendre.
Deux anges cariatides sur la tombe Clouzeau.
Un bas-relief en marbre sur la tombe Rosen : cette famille fut victime en 1935 d’un fait-divers crapuleux et meurtrier qui vit la destruction de la villa connue sous le nom de Castel Francine.
Un double médaillon en bronze sur la tombe Bissinger.
Dans ce cimetière se trouve le caveau de famille de Maurice Couve de Murville : ses parents, son frère, sa sœur et leurs conjoints…mais pas lui, qui repose au cimetière Montparnasse.
Célébrités : les incontournables...
Le dessinateur GOTLIB
Jeanne LANVIN
... mais aussi
Le romancier André BEAUNIER (1869-1925).
Le peintre Théodore BOTKINE (1861-1905).
Claude BALLOT-LÉNA (1936-1999) : pilote de course français, spécialiste des courses d’endurance, il remporta les 24 heures de Spa 1969 au volant d’une Porsche 911 et les 24 heures de Daytona 1983 sur une Porsche 935 Turbo. Il participa 22 fois à l’épreuve des 24 heures du Mans, et prit part entre 1973 et 1974 à 3 courses comptant pour le championnat du monde des rallyes WRC.
Julien CARETTE (Victor Jullien : 1897-1966) : acteur français de plus d’une centaine de films dans lesquels il imposa sa gouaille parisienne servant des personnages malicieux et bonhomme, il fut en particulier un des comédiens fétiches de Jean Renoir ou de Claude Autant-Lara. Il mourut de manière dramatique : devenu impotent, le feu de sa cigarette se communiqua à ses vêtements et il mourut des suites de ses brûlures.
L’animateur des nuits parisiennes Jean CASTEL (1916-1999), qui fonda dans les années 60 Chez Castel, célèbre club mythique et très fermé de Saint-Germain-des-Prés où se rencontrent encore artistes, politiques et personnages mondains.
Henri CHIVOT (1830-1897) : auteur dramatique et librettiste, il connut un réel succès populaire avec ses vaudevilles et ses opérettes, créés en association avec Alfred Duru, et qui firent les beaux soirs des Folies-Dramatiques, des Théâtres des Variétés ou du Palais-Royal. La postérité lui fut assurée avec des livrets pour Charles Lecocq, Robert Planquette, Edmond Audran et Jacques Offenbach. Avec lui repose son fils, le peintre et sculpteur Charles CHIVOT (1866-1941).
Melle DAUDOIRD (Anne-Françoise Giraud : 1831-1908) : artiste dramatique, elle se fit connaître sous le pseudonyme de Daudoird, en particulier dans les rôles de composition et travestis qu’elle jouait avec esprit. Elle fit partie de nombreuses troupes : celle du Palais-Royal, des Variétés, du Théâtre de Paris, ou encore du théâtre Déjazet, où elle joua avec Sarah Bernhardt et Mounet-Sully.
L’éditeur Victor DANCETTE (1900-1975), fondateur de la collection Rouge et or.
L’architecte Léopold DECRON (1848-1912).
Le baryton italien Enrico DELLE SEDIE (1824-1907).
Le peintre Maurice DUBOIS (1869-1944), qui après des études de peinture à Limoges, voyagea beaucoup (États-Unis, Italie, Espagne Belgique) puis s’installa au Vésinet. On lui doit principalement des sujets historiques ou militaires.
Herbert DUNCAN-OSBALDESTON (1862-1945) : ce londonien pionnier du cyclisme remporta le championnat du monde en 1885. Etabli en France, il devint journaliste sportif, éditeur de la revue Le Véloceman à Montpellier. Vers 1890, il fonda le vélodrome Buffalo à Neuilly, peint par Toulouse-Lautrec, et dirigé par Tristan Bernard. Dès l’apparition des moteurs, il se lança dans l’aventure (on lui doit la motocyclette Duncan & Suberbie). Au début de l’automobile, il participa activement à cette industrie en prenant des licences de brevets en France et en Angleterre. Il termina sa carrière comme directeur de la filiale anglaise De Dion Bouton. Il vivait au Vésinet avec sa maîtresse. Sa tombe, anonyme et en piteux état, à
de grandes chances de disparaitre.
Gabriel DUPONT (1878-1914) : compositeur français, il fut formé au Conservatoire par Massenet, Widor et Guilmant. Second grand prix de Rome en 1901, il connut le triomphe avec son premier opéra, La Cabrera. Parmi ses nombreuses compositions, on compte ses œuvres théâtrales La Glu, d’après Richepin, et Antar, qui ne fut représentée qu’en 1921 à cause de la guerre. Installé au Vésinet, il fut terrassé à l’âge de 36 ans par la tuberculose. Son nom est devenu illisible sur sa tombe pourtant ornée d’une lyre avec partitions et d’un beau bas-relief le représentant par Jean Dampt.
Le zoologue belge Bernard HEUVELMANS (1916-2001), fondateur de la cryptozoologie, qui consacra de nombreux travaux à ce qu’il qualifiait de « formes animales encore inconnues » telles que le yéti ou le monstre du Loch Ness.
L’antiquaire expert du Louvre des Antiquaires Charly JACOB (1918-1993).
Le maire du Vésinet de 1965 à 1995 Alain JONEMANN (1919- 1998), qui fut également député RPR des Yvelines de 1988 à 1993.
Gérard KAWCZYNSKI (1946-2014) : compositeur et guitariste, il accompagna ou écrivit pour de grandes pointures (Dutronc, Véronique Sanson, Maxime Le Forestier, France Gall, Françoise Hardy), appartint à un groupe qu’il fonda (Le Système Crapoutchik), et fut compositeur des musiques des films de Chatiliez (La Vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danièle).
Pierre LACROIX (1912-1994) : bien que le personnage ait été créé par Louis Forton dans les années 20, c’est le dessinateur Pierre Lacroix qui fit de ce personnage malicieux un incontournable de la bande dessinée française. Entre 1947 et 1988, il réalisa plus de cent albums racontant les aventures de ce personnage. En outre, c’est Lacroix qui lui créa son acolyte, le petit africain Razibus Zouzou.
Le photojournaliste Jean LATTÈS (1917-1996), qui publia pour France-Dimanche, ELLE, le Nouveau Femina..., puis devint indépendant. En 1954, il réalisa un reportage de photographie sous-marine, une première au monde, et collabora avec Jacques-Yves Cousteau. Jean Lattès fut successivement co-fondateur de l’agence Gamma, puis de l’ agence Viva. Il repose dans le caveau de famille de son épouse (Bimsenstein).
Auguste LE BRETON (Auguste Montfort : 1913-1999) : après avoir
passé son enfance dans une ferme du Finistère, il fréquenta après la mort de son père des orphelinats bagnes qui débouchèrent sur la maison de correction (il fit le récit de cette dure jeunesse dans Les Hauts Murs). Il fit ensuite divers petits métiers, puis fréquenta la pègre, ce qui lui permit, quand il commença à écrire, d’évoquer le Milieu et ses malfrats avec une belle authenticité. Publié en 1953, son roman Du rififi chez les hommes attira l’attention sur lui, d’autant que Jules Dassin en tira un chef-d’oeuvre du film noir. Dès lors, Le Breton publia beaucoup et fut l’auteur, outre la série des Rififi (Du rififi à Paname, Du rififi à New York…) de titres devenus des classiques du polard littéraire et cinématographique : Le clan des Siciliens, Razzia sur la schnouff, Bob le flambeur, Rafles sur la ville…
Le peintre William MALHERBE (1884-1951), qui exposa au Salon d’Automme et la Galerie Durand-Ruet à Paris. Au début de la Première Guerre mondiale, le gouvernement français lui commanda des affiches patriotiques. Installé aux Etats-Unis en 1939 (il y est plus connu qu’en France), il revint en France en 1948. Peintre figuratif de natures mortes et de paysages, il a été fortement influencé par le mouvement post-impressionniste.
Tony MURÉNA (Antonio Murena : 1915-1971) : italien émigré en
France en 1923, il commença très jeune la pratique de l’accordéon. Devenu professionnel, il intégra les meilleurs orchestres de tango de l’époque, ceux de Rafaël Canaro et d’Eduardo Bianco. Passionné de jazz, il se produisuit dans de nombreux clubs, avant d’intégrer en 1941 le fameux Hot Club de France. Le jazz lui ouvrit ainsi les portes de l’étranger (Glenn Miller souhaitait même l’accueillir dans son orchestre).
En 1949, il achète le Mirliton, situé boulevard de Courcelles à Paris, club où se produisaient les meilleurs jazzmen. Peu à peu, à partir des années 50, il se tourna vers un répertoire facile et lucratif. Il enregistra ainsi de nombreux disques où ses immenses qualités musicales ne furent guère mises en valeur.
Alphonse PALLU (1808-1880) : industriel originaire de Tours, il s’installa en 1836 à Pontgibaud, dans le Puy-de-Dôme, où il dirigea des mines de plomb argentifère et des fonderies. Il possédait également des carrières d’onyx en Algérie. En 1848, il fut élu maire de Pontgibaud et conseiller général, ce qui lui permit de siéger aux côtés de Morny. Les négociations qu’il mena aboutirent à l’échange, en 1856, des terrains situés entre la forêt de Marly et celle de Saint-Germain-en-Laye contre le bois du Vésinet. Pallu comprit très vite tout l’intérêt que présentait Le Vésinet, proche de Paris et bien desservi par le chemin de fer. Il décida de créer de toutes pièces un lotissement modèle en mariant la ville et la nature. Son idée directrice était de « donner à chaque propriétaire la jouissance d’un parc public, avec son animation, ses vues ravissantes, des eaux, ses prairies, à côté du calme de la vie privée ». L’Assemblée nationale vota l’érection du Vésinet en commune, et l’élection du premier conseil eut lieu en 1875 : il devint le premier maire de la ville qu’il avait créé. Le tombeau qu’il occupe est celui qu’il fit construire en 1877 pour sa fille morte en 1860 : il est donc la première sépulture du Vésinet.
Le peintre et affichiste Robert RODRIGUE (1900-1982).
Roger QUENOLLE (1925-2004) : footballeur professionnel, il intégra le Racing (RC Paris) en 1945 avec lequel il remporta la Coupe de France en 1949. Il fut par la suite entraîneur de l’équipe du Stade St-Germain : il fut le créateur de l’Ecole de football du Stade-Saint-Germain, ancêtre du Centre de Formation actuel, et fut ainsi l’un des artisans de la création le club professionnel du PSG (né de la fusion en 1969 de la section football du Stade St-Germain avec le Paris Football Club). Il n’apparait pas dans la liste des caveaux du cimetière.
Eugène RUDIER (1875-1952) : fondeur, il reprit en 1897 la maison fondée par son père, Alexis Rudier. Si ses clients principaux furent Rodin, puis Maillol, il continua également à travailler pour des orfèvres tels que Chaumet ou Boucheron. Propriétaire au Vésinet d’un vaste parc dans lequel il disposa quelques unes des plus célèbres statues sorties de ses moules, il obtint après la mort de Rodin l’exclusivité des fontes pour le musée. Au cours de l’été 1929, Eugène Rudier invita Bourdelle, malade, à venir passer l’été dans sa propriété du Vésinet où le sculpteur s’éteignit. Il sut accepter l’activité syndicale dans son entreprise, rémunéra à juste prix et fidélisa ainsi une équipe talentueuse et dévouée. Pour l’Exposition internationale de 1937, Rudier reçut de l’État de nombreuses commandes. Pendant la Seconde Guerre mondiale encore, Rudier fondit à la demande de Arno Becker, pour le Reich, une monumentale Porte de l’Enfer de Rodin. Il repose sous une statue en bronze de Rodin, la Grande ombre. En réalité, depuis une tentative de vol, il ne s’agit plus que d’une copie, l’original ayant été déposé au Musée Rodin.
Pierre SATRE (1909-1980) : ingénieur de l’Air, il réalisa de nombreux prototypes d’avions. Il est surtout connu pour avoir été le père de la Caravelle : c’est lui qui conçut cet avion qui allait devenir l’ambassadeur du génie aéronautique français, inaugurant les réacteurs accolés au fuselage, formule qui fit ensuite école dans le monde entier. Il travailla également sur le projet Concorde.
Camille SAUVAGE (1910-1981) : Compositeur et chef d’orchestre, jazzman, il composa et enregistra de nombreux albums avec son orchestre. On lui doit aussi de nombreuses musiques de films et des chansons.
Le Compagnon de la Libération Michel SAUVALLE (1920-1994), qui participa aux campagnes de Syrie, de Libye puis de Tunisie. Il débarqua ensuite en Provence, puis mena la campagne d’Alsace.
La cantatrice Marie SCALINI (Marie-Louise CHACK : +1931), qui fut une personnalité mondaine. Elle fut la mère de l’écrivain et officier Paul Chack, condamné à mort à la Libération pour collaboration.
Arthur SCHWEITZER (1855-1924) : ce cousin du fameux Albert Schweitzer était un ingénieur richissime qui fit construire au Vésinet le Palais rose, d’une architecture évoquant celle du Grand Trianon de Versailles. Sa tombe est faite du même marbre rose qui servit à l’édifier.
Jean SEPHERIADES (1922-2001) : six fois champion de France d’aviron (1942-1946) en skiff (un seul rameur), une fois en double scull (1945) et champion d’Europe (1947), il remporta en 1946 la célèbre régate des Diamonds Sculls à Henley en Grande Bretagne, équivalent du championnat du monde. Il fut le porte-drapeau de l’équipe de France olympique en 1948.
Louis VAN DELFT (1938-2016) : professeur de langue et littérature française à l’université Paris-X, il fut un grand spécialiste des moralistes français et européens. Lauréat à diverses reprises de l’Académie française et de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, il tint de 1991 à 2001 la chronique dramatique des revues Commentaire et Théâtres du monde.
Patricia VITERBO (Patricia Nicole : 1939-1966) : ancienne mannequin pour Dior, remarquée par le cinéma, on annonça ses fiançailles avec Johnny Hallyday qui lui préféra finalement Sylvie Vartan. Comédienne française, elle tourna de 1963 à 1967 mais mourut de manière tragique sur le tournage d’un film : la voiture que conduisait Henri Garcin dérapa sur les quais mouillés de la Seine et y plongea. Si l’acteur put s’en tirer avec quelques blessures, elle périt noyée.
Merci à Jacky Allard pour les photos Quenolle, Giraud et Duncan.
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