SAINT-LÔ (50) : cimetière

visité en janvier 2013
lundi 11 février 2013
par  Philippe Landru

Le site du cimetière de Saint-Lô ne brille par aucun quelconque signe d’intérêt. Il mérite néanmoins une visite pour ses quelques personnalités, sa très belle composition sculptée de Franceschi et l’évocation, dans ce lieu même, du passé douloureux d’une ville détruite en grande partie en 1944.


Curiosités


- Les corps des Victimes Civiles retrouvés sous les ruines des bombardements du 6 juin 1944 sont regroupés au cimetière de Saint-Lô.

- Le monument aux morts, une statue en bronze oeuvre de Paul Cabet, n’est pas classique : cela s’explique par le fait que c’est un réemploi d’une oeuvre antérieure, un relief qu’il avait exposé en 1866 au Salon et qu’il destinait au tombeau de son épouse. Elle subit quelques dégradations lors des combats de 1944, comme l’indiquent les différents impacts visibles à sa surface.

- La plus belle tombe du cimetière est une composition en bronze par Jules Franceschi (j’apporte cette information qui n’est étrangement indiquée nulle part ailleurs) d’un jeune homme de 20 ans, Louis Heulin, mort en Chine en 1860 sur la corvette La Dordogne. Il semble qu’il mourut dans un combat contre des pirates lors des campagnes de Chine et de Cochinchine de la France. Il est représenté mourant, accoudé à un canon. Cette oeuvre, avec un peu moins de finesse, n’est pas sans faire penser à la mort de Kamienski au cimetière Montmartre, du même Franceschi.

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Pour comparaison...
... Kamienski mourant, au cimetière de Montmartre

- Dans cette ville, comme de manière générale dans le Cotentin, le catholicisme s’impose par la présence d’un grand nombre de membres du clergé. Parmi eux, on notera la présence de :

  • la dépouille d’un « camérier [1] du pape Léon XIII » (Mgr Hamel).
  • le chanoine et archiprêtre Quesnel, dont la tombe est ornée d’un médaillon en bronze.

- Le bas-relief de la tombe art-déco de l’ancien maire Alfred Dussaux (+1916) n’est quasiment plus visible.

- Le dolmen sur pleureuse de la famille d’entrepreneurs commerciaux Letenneur.


Célébrités : les incontournables...



... mais aussi


- Le général Michel Jacques François ACHARD (1778-1865), qui participa dès son plus jeune âge aux guerres révolutionnaires (il fut fait prisonnier de guerre par les Anglais en 1796 !). Il se distingua dans les armées de Napoléon, puis reprit du service sous la Restauration en participant à la campagne d’Espagne, et même à la conquête de l’Algérie à partir de 1830. Baron, il fut fait sénateur en 1852. Il avait épousé la fille du général Dagobert de Fontenille (1736-1794), ce qui explique qu’il repose dans le caveau de famille des Dagobert. Si la veuve du général Dagobert repose bien ici, ce dernier fut en revanche inhumé au cimetière Saint-Martin de Perpignan (66).

- Le chirurgien Alexandre BLANCHET (1819-1867), qui se fit connaître surtout par ses travaux sur les maladies de la vue, de l’oreille, et de la surdi-mutité. Nommé chirurgien en chef de l’Institution des sourds-muets, il élabora un traitement dont la musique était la base et qui a reçu l’approbation de l’Académie de médecine. En 1847, le docteur Blanchet fonda une société pour l’assistance et l’éducation des sourds-muets ainsi que des aveugles en France. Il fut inhumé dans la crypte (accessible mais obscure) d’un vaste mausolée, à l’entrée du cimetière. C’est ce mausolée que le Major Glover S. Johns Junior, Commandant le 1er bataillon du 115e régiment (29e Division US), choisit d’installer en 1944 son poste de commandement !

- Le dramaturge Roger FERDINAND (1898-1967), professeur d’anglais au lycée Condorcet, qui connut un grand succès populaire dans le théâtre de Boulevard à la fin des années 1940 et durant les années 1950, en particulier avec sa pièce Les J3. Il a présidé la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) de 1946 à 1955 avant de diriger de 1955 à 1967 le Conservatoire national supérieur d’art dramatique.

- Le dramaturge Octave FEUILLET (1821-1890), qui vécut à Saint- Lô sous la tutelle d’un père tyrannique. Il édita de nombreux romans dans la Revue des deux mondes, et connut son plus grand succès en 1858 avec Le Roman d’un jeune homme pauvre. Il eut les faveurs de la cour du Second Empire, et se réinstalla à Paris avec sa famille après la mort de son père. Il entra à l’Académie française en 1862 et, en 1868, devint bibliothécaire du palais de Fontainebleau. Feuillet tient le milieu entre les romantiques et les réalistes. On l’appela, non sans une pointe de mépris, le « Musset des familles ». Il repose avec son épouse (et cousine) Valérie DUBOIS-FEUILLET (1832-1906), fille d’un ancien maire de la ville de Saint-Lô et romancière elle-même. Leur tombe est une dalle tristement contemporaine.

- Le maître imprimeur René JACQUELINE (1889-1957).

- L’architecte (et maire de Saint-Lô) Jean-Baptiste QUEILLÉ (1819-1893).

- Le peintre miniaturiste Daniel SAINT (1778-1847), considéré comme l’un des plus grands de son époque. Ancien élève de Jean-Baptiste Regnault, il réalisa de nombreux portraits de la famille Bonaparte (Joséphine, Napoléon I, ou la Reine Hortense), des souverains de la Restauration (Prince Eugène) et de la monarchie de Juillet (Charles X). Il revint à Saint-Lô en 1842 après une carrière à Paris. S’écartant de la méthode d’Isabey qui procédait par le pointillé et de celle d’Augustin qui avait recours au glacis, il employa les hachures obtenant ainsi des effets de vigueur dans les tons et de relief dans le modèle.


[1Il est chargé du service personnel du pape.


Commentaires

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SAINT-LÔ (50) : cimetière
dimanche 26 décembre 2021 à 13h46 - par  Christophe CANIVET

Ne jamais oublier qu’en matière d’art funéraire, il s’agit non seulement de faire beau mais aussi de participer au travail de deuil des commanditaires. Une statue funéraire ne reflète pas la réalité historique mais l’image idéalisée qu’on veut donner du défunt.
En l’occurrence, l’aspirant HEULIN est représenté agonisant au cours de la bataille, appuyé sur un fût de canon, plusieurs symboles rappelant qu’il était marin et qu’il a eu la Légion d’Honneur (médaille + fourragère). Ce sont des symboles et uniquement des symboles. En réalité, Louis HEULIN est mort deux mois après la bataille, malade du typhus.
Le parallèle peut être fait avec la tombe de Miecislas KAMIENSKI à Montmartre. Les deux statues sont du même auteur, Jules FRANCESCHI ayant présenté la statue de KAMIENSKI au Salon de 1861 et celle d’HEULIN au Salon 1863. Au passage, drame dans le drame, la mère de Louis HEULIN mourra alors que la statue de son fils était encore au Salon, à Paris, et donc avant que le monument de son fils ne soit achevé à St-Lô.
Pour revenir au parallèle avec KAMIENSKI, celui-ci est représenté « mourant » au cours de la bataille de Magenta (4 juin 1859). En fait, il n’y est que blessé. Mais il devra être amputé et il mourra des suites de l’amputation deux mois plus tard à Milan. Sur la statue, il est représenté à son moment supposément le plus glorieux, quand il est frappé par la balle, non pas au moment où il expire. Et bien entendu, travail de deuil oblige, il est représenté avec ses deux bras, pas dans son état final.
Pour HEULIN, ce serait encore pire, on crée peut-être l’histoire, puisqu’il n’est pas certain qu’il ait été blessé au cours de la bataille qui lui a valu la Légion d’Honneur. Assurément, puisque la Légion d’Honneur à titre posthume n’est possible que depuis 1918, il était bien vivant lorsque le rapport le recommandant pour la Légion d’Honneur est parti. Le décret de nomination sera signé le 17 novembre 1860. Moins d’une semaine après, on apprenait sa mort...

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SAINT-LÔ (50) : cimetière
vendredi 11 mai 2018 à 10h04 - par  MADAME GALOISY SUZEL

BONJOUR,,

Et, désolée d’avoir à vous faire un petit reproche : votre visite a du être rapide, vous n’avez pas du aller jusqu’au fond du cimetière. Vous auriez alors remarqué les tombes des tirailleurs, dont on ne connaît quelquefois qu’un seul prénom, ainsi que celles des officiers du tsar, décédés en 1905.

Vous auriez pu également lire les inscriptions sur les stèles des victimes civiles que vous mentionnez, elles sont très émouvantes. Manquent aussi à votre inventaire les imposantes chapelles des familles CHIRA, qui racontent à elles seules, toute l’hIstoire de SAINT LO, ainsi que la tombe collective des 6 religieuses, décédées au bombardement.

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SAINT-LÔ (50) : cimetière
mercredi 27 mai 2015 à 20h43 - par  HolyvieR

Dans ce cimetière a été inhumé le 23 juin 1921 (j’ai mis à jour la page wikipédia) le dessinateur et affichiste de la Belle Epoque Henri Daniel Casimir Paul Thouroude dit Daniel de Losques (1880-1915), tué en combat aérien au-dessus d’Harbouey en Lorraine.

Si une personne qui habite les environs de Saint-Lô pourrait se rendre dans ce cimetière pour me prendre en photo la sépulture de Daniel de Losques, je lui en serais très reconnaissant. Merci d’avance.

Quelques illustrations de la comédienne Geneviève Lantelme, dont nous avons fêté le 132e anniversaire de sa naissance le 20 mai dernier, par Daniel de Losques...

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jeudi 28 mai 2015 à 00h28 - par  HolyvieR

Je vous invite à lire cet article...

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samedi 29 octobre

Je suis en train de remettre à jour toutes les rubriques qui listent le plus exhaustivement possible le patrimoine funéraire de tous les départements. Tous les cimetières visités par moi (ou par mes contributeurs) y sont portés, mise-à-jour des couleurs qui n’étaient pas très claires dans les versions précédentes (le noir apparaissait vert), rajout de tombes depuis les visites, photos de tombes manquantes... N’hésitez pas à les consulter pour y trouver la version la plus globale du patrimoine. Ces rubriques représentent les listes les plus complètes que l’on puisse trouver sur le net du patrimoine funéraire français.

Contrairement aux articles, vous ne pouvez pas interagir sur les rubriques : aussi, si vous avez une information nouvelle à apporter sur un département, merci de laisser votre message en indiquant clairement le département et la commune concernée sur un article dédié uniquement à cela : Le patrimoine funéraire en France : classement par départements

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vendredi 14 février 2014

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