ROUBAIX (59) : cimetière

Visité en octobre 2015
mercredi 2 mars 2016
par  Philippe Landru

Situé entre la Grand’rue et la rue de Cartigny, le cimetière de Roubaix longe le canal, quais de Rouen et de Toulon, face au Parc de la visitation. Il n’a pas toujours occupé cet emplacement. Au XIIe siècle, il jouxtait l’église Saint-Martin, à l’intérieur de laquelle étaient inhumées les personnalités illustres de la cité. L’édit du 10 mars 1776, interdisant l’inhumation dans et autour des lieux de culte, impose aux communes de déplacer leur cimetière en périphérie. En 1804, la ville de Roubaix aménage donc un nouveau terrain, appelé le “champ du Beaurewaert“, le long du chemin qui conduisait à la Potennerie, l’actuelle rue de Valmy. Trois ans plus tard, l’espace manque déjà et il faut songer à un autre endroit : ce sera au hameau du Fresnoy, devenu depuis le site de l’Ecole nationale supérieure d’art et d’industrie textile.

L’implantation de l’actuel cimetière, le quatrième de la commune, date de 1848. Sa superficie était à l’origine quatre fois moins importante qu’aujourd’hui. On aménage tout d’abord l’entrée et les quatre premiers carrés mais, rapidement, la ville doit acquérir des terrains supplémentaires. En 1855, le cimetière compte une dizaine de carrés. De nouvelles extensions ont lieu dans les années qui suivent. Les terres agricoles du manoir de la Bourde sont achetées au comte de Lannoy. Les réaménagements nécessaires du cimetière ont finalement raison de la cense. Un ultime agrandissement d’environ cinq hectares est entrepris dans les années 1920.

On lit beaucoup de bêtises sur le net sur le cimetière de Roubaix : non, avec 17 hectares, il n’est pas le sixième plus grand cimetière français [1]... Non, avec 500 chapelles, il n’est pas le cimetière de France qui en possède le plus [2]... On ne sait jamais d’où viennent ces rumeurs sur le net, sans doute un excès d’optimisme roubaisien, qui sont ensuite recopiées partout, donnant ainsi à la rumeur des allures d’information !

Le cimetière de Roubaix illustre bien l’évolution des grands cimetières urbains français, dans ce qu’il a de positif et de négatif. A l’actif, la prise en compte de la dimension paysagère et végétale, et la présence de nombreux arbres, mais aussi de la dimension patrimoniale (un plan à l’entrée du cimetière propose un itinéraire à travers la métropole proposant les principaux points d’intérêt). Au passif, une conformation au modèle désormais dominant : conservation de quelques tombes anciennes en bordure, et reprises accélérées à l’intérieur des divisions, le tout balisé par la linéarité et la perpendicularité d’allées en train d’être refaites.


Curiosités


- Dans l’allée principale, le monument aux victimes du travail et du devoir s’impose immédiatement au regard. Financé par la municipalité, il rend hommage aux victimes du tragique incendie survenu le 5 novembre 1883 dans les locaux de la filature Dillies-Frères.

- Des petits panneaux signalétiques présentent les sépultures intéressantes. Malheureusement, elles ne sont accompagnées d’aucune information complémentaire.

- Le cimetière possède sa chapelle, typique en briques du Nord.

- Même si Roubaix ne présente pas de « record de chapelles », il est vrai cependant qu’elle possède, avec l’allée n°3, un alignement remarquable de mausolées, ceux des grandes familles industrielles de la ville. L’ensemble est néanmoins austère, car conformiste par son inspiration uniquement chrétienne, et sombre, en raison de l’omniprésence de la pierre de Soignies.

- Les œuvres d’art présentes dans le cimetière sont nombreuses, mais toutes extrêmement conformes à une symbolique funéraire catholique qui ne laisse quasiment aucune place à la moindre fantaisie. Pleureuses alanguies, anges et croix ornées, pavots, ancres et autres sabliers formeront donc l’essentiel de la production. Quelques médaillons et bustes aussi, mais finalement assez rares compte-tenu de l’opulence des grandes familles industrielles. On devine à l’intérieur de certaines chapelles des ornements et de la polychromie qui ne se révèle pas au public.

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Chapelle Allart-Soien
La chapelle chargée du filateur Allart contient deux panneaux en bas-relief : un pour lui et un pour son épouse.

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La buste Duquenne, par henri Soubricas.

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L’allégorie de l’industrie sur la tombe de l’industriel du textile Morel.

- Il existe une dimension littéraire et cinématographique au cimetière de Roubaix, d’abord parce que des auteurs ou des réalisateurs en ont fait un décor, parfois récurrent : c’est le cas de Didier Van Cauwelaert ou du réalisateur Arnaud Desplechin...


Célébrités : les incontournables...


- Jean-Baptiste LEBAS


... mais aussi


Ici, peu d’artistes : ce sont les négociants et les industriels qui dominent dans cette ville laborieuse. La plupart cumulaient évidemment des fonctions politiques. J’ai fait abstraction du plus grand nombre de ces industriels (généralement du textile) : s’ils ont donné leur nom à des artères de Roubaix et qu’ils ont évidemment été des acteurs locaux des révolutions industrielles, leur notoriété est limitée au-delà de la ville.

- Henri CARETTE (1846-1911), fils de tisserand, il fut ensuite cabaretier et marchand de journaux. Collectiviste, membre du Parti ouvrier français dont il géra l’organe de presse intitulé Le Forçat, il devint le premier maire socialiste de Roubaix en 1892. Sa tombe porte l’épitaphe suivante : « Debout, les damnés de la terre... » .

- Le chansonnier populaire et militant socialiste Louis CATRICE (1850-1907).

- Le critique d’art Victor CHAMPIER (1851-1929), qui fonda la société du musée des Arts décoratifs de Paris, sur le modèle de South Kensington Museum à Londres. Avec lui repose sa fille, la peintre et sculptrice Louise CHAMPIER (1893-1967).

- Le peintre belge Remy COGGHE (Remy Coghe : 1854-1935), ancien élève de Cabanel, il réalisa de nombreux portraits de commandes de notables mais aussi des tableaux qui retracent les gestes de la vie quotidienne dans la région.Peintre académique, le vérisme de ses tableaux restitue une multitude de détails et d’expressions saisis sur le vif dans des compositions qui traitent de scènes de café, de combats de coqs, de jeux de bourles, de défilés de carnaval...

- Le cycliste Charles CRUPELANDT, dit le Taureau du Nord (1886-1955), grande figure locale puisqu’il est connu pour être le seul Roubaisien à avoir remporté Paris-Roubaix, et ce à deux reprises (1912 et 1914). Il fut également champion de France sur route. Il mourut dans la commune alors qu’il avait été amputé des deux jambes, quasiment aveugle et vivant dans une grande pauvreté.

- Le compositeur Victor DELANNOY (1828-1887), Second grand Prix de Rome en 1854, qui dirigea l’école de musique de Roubaix et en fit une Ecole nationale. Le buste en bronze qui orne sa tombe est de Gruet.

- L’industriel Jules DERÉGNAUCOURT (1821-1876), qui fut député du Nord de 1872 à sa mort. Le buste qui ornait sa tombe a disparu.

- L’industriel Constantin-Achille DESCAT (1812-1878), maire de Roubaix, qui fut élu, en 1871 représentant du Nord à l’Assemblée nationale.

- Léandre DUPRÉ (1871-1951) : député SFIO du Nord de 1932 à 1940, Il fit partie des 27 parlementaires qui s’embarquèrent sur le Massilia à destination de Casablanca avec l’intention de constituer un nouveau gouvernement en exil afin de mieux reprendre l’offensive militaire à partir des départements d’Afrique du Nord.

- L’aéronaute Jean-Baptiste GLORIEUX (1834-1905), qui comptabilisa 635 ascensions. Sa tombe, qui a été refaite récemment, a récupéré un bas-relief qu’elle avait perdu.

- L’ancien directeur de l’Académie de peinture de Roubaix Constantin MILS (1816-1886) qui forma plusieurs artistes qui firent carrière (Henri Van Dyck, Jean-Joseph Weerts...). Le médaillon en bronze qui orne sa tombe fut réalisé par Crauk.

- Eugène MOTTE (1860-1932) : industriel, maire de Roubaix de 1902 à 1912, il fut député du Nord de 1898 à 1906 et longtemps l’adversaire local du socialiste Jules Guesde. Il fonda et présida en 1903 la Fédération républicaine qui regroupait les modérés de centre-droit hostiles au Bloc des gauches.

- Victor PROVO (1903-1983) : à l’origine trieur de laine, il illustre une ascension sociale exemplaire : maire de Roubaix de 1942 à 1977, député puis sénateur socialiste de 1952 à 1977, il fut en outre président du Conseil général du Nord.

- Alfred REBOUX (1848-1908) : journaliste et patron de presse, il succéda en 1872 à son père à la tête du Journal de Roubaix et fonda à Lille le journal La Dépêche (1879) et le Nouvelliste du Nord Pas de Calais (1882). Novateur, il avait compris l’importance de la grande presse populaire à bon marché.

- L’industriel Edouard ROUSSEL (1890-1965), il fut sénateur UDR du Nord de 1932 à 1940.

- Le footballeur international Marcel VANCO (1895-1987), qui après avoir fait la guerre (il était à la bataille de Verdun), remporte la Coupe de France en 1920 avant de rejoindre le Racing Club de Roubaix en 1923. Il connut alors sa dernière sélection en équipe de France face à la Norvège. Il fut un membre historique de l’OM.


[1Ceci étant, il est quasiment de la taille de celui de Montparnasse (19ha), ce qui est très honorable pour un cimetière de province.

[2Plus que le Père Lachaise lit-on même parfois !!


Commentaires

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ROUBAIX (59) : cimetière
mercredi 2 mars 2016 à 17h46 - par  Pincettes

Une toute petite rectification concernant Marcel Vanco :
il n’a jamais joué à l’OM mais dans une autre équipe marseillaise d’alors, le « Stade Hélvètique ». Ce club éphémère, fondé en 1904, a devancé l’OM au classement régional et national, jusqu’à sa disparition au début de la 1ère guerre.
Voir la fiche qui lui est consacrée, dans la rubrique histoire du football marseillais du site de l’OM.

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vendredi 14 février 2014

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