ARON Robert (1898-1975)

Cimetière de la Teste-de-Buch (33)
mardi 6 août 2019
par  Philippe Landru

Ecrivain français (mais pas historien de formation !), il fut secrétaire de Gaston Gallimard puis directeur de La Revue du Cinéma (éditée par Gallimard), et se lança même dans la production. Membre du courant personnaliste, en vogue à cette époque, ses origines juives lui valurent une incarcération à Mérignac, mais il parvint à rejoindre l’Afrique du Nord.


Petit point historique et historiographique sur le travail de Robert Aron

En 1954, Robert Aron publia Histoire de Vichy, son principal ouvrage. Dans celui-ci, il reprit et développa la métaphore du bouclier et de l’épée : le général de Gaulle et le maréchal Pétain agissant tacitement de concert pour défendre la France, le second étant le bouclier préservant la France au maximum, y compris par une politique de collaboration (qui n’est dans cette thèse que simulée), en attendant que l’épée (De Gaulle) soit suffisamment forte pour vaincre l’Allemagne nazie. Vichyste et résistant étant ainsi mêlés tacitement dans une même attitude défensive ou offensive de la France.

Cette thèse connut beaucoup de succès. Il est vrai qu’elle arrangeait beaucoup de monde : la Droite française, qui s’était fourvoyée dans l’idéologie de Vichy, ou une partie des socialistes, ralliés à Pétain souvent par pacifisme (ou par anticommunisme). De manière plus globale, elle apaisa les éventuels scrupules de beaucoup de Français qui n’avaient pas été pendant la guerre « très résistants » ! Cette supercherie idéologique s’imposa jusque dans les années 70, rendant inaudibles les responsabilités de l’Etat dans la collaboration, et particulièrement dans l’assistance apportée à l’Allemagne dans la déportation des Juifs. Si De Gaulle n’y souscrivit jamais (il refusa toutes les tentatives de Pétain d’une quelconque idée de passation de pouvoir), la thèse l’arrangeait dans le contexte victorieux du résistancialisme, dans la mesure où elle magnifiait le rôle des Français en un peuple résistant (il voulait tout faire pour minimiser l’action des Alliés dans la libération de la France). Selon sa formule « seule une poignée de misérables et d’indignes, dont l’État fait et fera justice, avaient collaboré avec les Allemands ». En outre, cette théorie fut présentée explicitement comme moyen de défense au procès du maréchal Pétain, et d’autres cadres de l’Etat français.

Les travaux du jeune historien américain Robert Paxton dans les années 70 invalida durablement cette thèse. La parution de l’Histoire de Vichy (1972) révolutionna l’histoire de cette période. Il mit en avant le fait que Robert Aron n’avait utilisé que des sources vichystes à décharge (il avait presque exclusivement travaillé à partir de documents de la Haute Cour de justice, sans tenir compte de ce que les accusés cherchaient avant tout à se défendre, et les procureurs à démontrer que tel article du Code pénal avait été violé, le souci de la vérité historique n’y gagnant guère). En outre, Aron n’avait eu accès ni aux sources allemandes, ni aux sources des Alliés. Surtout, Robert Aron s’était largement attardé sur la période allant de l’Armistice à Montoire, la politique de collaboration passant au second plan.

Paxton démontra qu’il n’y avait rien de résistant dans Vichy. Les procès -tardifs- qui suivirent (Papon…), la découverte en 2010 du statut des juifs, annoté et aggravé de la main-même de Pétain ; les travaux récents sur les Vichysto-résistants (en particulier ceux de Bénédicte Vergez-Chaignon), démontrèrent le caractère fondamentalement antisémite et collaborationniste du régime de Vichy.

La thèse de Aron est très largement considérée comme révisionniste aujourd’hui. Elle continue cependant à séduire quelques milieux, principalement d’extrême droite et conservateurs et ses défenseurs sont généralement des nostalgiques du régime de Vichy, qui par renversement des valeurs, considèrent les travaux de Paxton comme une « doxa » politiquement correcte qui ne saurait être critiquée, pour reprendre les propos d’un « intellectuel » autoproclamé médiatique.


Robert Aron fut élu membre de l’Académie française en mars 1974, mais mourut subitement en avril 1975, cinq jours avant la date prévue pour sa réception solennelle sous la Coupole.


Commentaires

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ARON Robert (1898-1975)
mardi 6 août 2019 à 09h58 - par  cp

Je n’aime pas l’accaparement systématiquement péjoratif du mot révisionniste car tout le temps l’histoire se « révise ». Quand Duroselle sort ses livres sur l’histoire diplomatique de la France, il la « révise » car il met son nez dans des dossiers qui deviennent légalement accessibles. Henri Frenay, à Vichy, était un « résistant », mais par haine des allemands, et non contre des lois vichyssoises que son mouvement clandestin appliquait d’une certaine manière en ayant des critères sélectifs de recrutement analogues à ceux de l’état français. On a appelé « révisionnistes » les historiens américains qui dans les années soixante revoyaient à la hausse le nombre d’indiens présents avant les « envahisseurs » européens, qui tuèrent beaucoup de monde. Le chantre le plus notable de la théorie du glaive et du bouclier fut le colonel Rémy, résistant lui aussi, mais dont le patriotisme tenait plus de la foi du charbonnier que des critères « humains » qui sont devenus les nôtres. Autre révision de l’histoire, Yves Coppens a, il y a quelques années, convenu que sa « Lucy » n’’était pas la quasiment mère de toute l’humanité comme il l’a raconté depuis des décennies, on a trouvé d’autres squelettes plus anciens, et ailleurs, il a, là aussi, fallu « réviser » les choses...
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L’utilisation diffamatoire des mots révisionniste, voire négationniste, en a fait perdre tous les sens. Maintenant on vous assomme comme « climato-négationniste » si vous ne prenez pas une adolescente suédoise handicapée mentale, et renfrognée, comme la guide spirituelle des temps présents !

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samedi 10 août 2019 à 10h43 - par  cp

L’illuminée est affligée du syndrome d’Asperger, il parait, mais ce que je trouve étonnant est la persistance à utiliser cette qualification car Asperger était un médecin nazi qui jaugeait du degré de « folie » des malades, avant de les envoyer à la mort, ou pas ! La controverse existe quant à savoir s’il savait tout, mais bon, Il est mort au début des années 80, à la suite une belle carrière après la guerre. Etonnant de ne pas avoir « révisé » cette appellation alors que l’on a vu des simples noms de rue « révisés » pour des peccadilles s’agissant de certaines gloires oubliées de cette époque.
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Voir le gratin parlementaire et médiatique français à genoux devant cette donzelle qui prétend voir à l’œil nu les bulles de CO2 s’échapper des cheminées donne une idée du délire du temps présent, et de notre rétrogradation multidimensionnelle préludant à notre anéantissement civilisationnel. Et je passe sur des merdeux séchant l’école le vendredi avec l’assentiment général : Affligeant...

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mercredi 7 août 2019 à 22h28 - par  Frédéric Petit

Il est piquant que Greta Thunberg soit qualifiée d’ « handicapée mentale » (sic !!!) par quelqu’un dont la principale activité ici est de répandre les ragots les plus invérifiables et les plus superficiels sur les coucheries des uns et les magouilles des autres, sans jamais rien considérer autrement que par le petit bout de sa lorgnette…
La malade mentale a au moins cet avantage sur vous : elle se passionne pour des thèmes un peu plus importants. Et sa naïveté serait-elle avérée —elle aurait toujours meilleure mine que votre racornissement. Qui est le plus handicapé des deux ?

Mais surtout, d’un strict point de vue linguistique, vous faites un amalgame simpliste et absurde entre la racine d’un dérivé et son sémantisme. « Réviser » ne suffit pas à faire le « révisionniste », et réciproquement le « révisionnisme » n’est pas excusé ni normalisé sous prétexte que « la révision » en général est une activité nécessaire et normale. Tout comme le « réactionnaire » n’est pas simplement « quelqu’un qui réagit ».
En ce sens, révisionniste n’est pas péjoratif par « accaparement diffamatoire » (par… révisionnisme, disons-le), mais de jure.
Et la péjoration n’est pas un défaut, une sorte de moisissure salissant les mots et qui leur ferait perdre leur pureté initiale : c’est une catégorie a priori du jugement.

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mercredi 7 août 2019 à 00h43 - par  Christophe M.

Merci cher cp de ce commentaire qui m’enchante et permet une éblouissante respiration.
Il peut m’arriver de n’être pas toujours d’accord avec la teneur de vos propos, mais cette fois-ci, j’applaudis des deux mains ! Bravo !