TOUREAUX Laetitia (1907-1937)

Thiais - 2ème division
vendredi 7 octobre 2011
par Philippe Landru

Si vous allez visiter le Manoir de Paris, la nouvelle attraction assez réussie de la rue de Paradis où des comédiens très bien grimés viennent effrayer les visiteurs sur fond d’histoires/légendes parisiennes, vous découvrirez que l’un des treize tableaux de cette attraction est consacrée au crime de Laeticia Toureaux : 74 ans après l’affaire, c’est dire si ce fait-divers marqua les esprits pour qu’il puisse encore occuper un quelconque espace dans un spectacle très « grand public » ! Il est vrai qu’avec le temps, les délires en tout genre virent le jour autour de ce meurtre...

Dimanche de Pentecôte 1937, métro Porte-Dorée, 18 h 27. Six personnes montent dans la voiture de première classe. Une jeune femme rousse en robe verte semble somnoler sous son chapeau blanc. Elle est seule dans le wagon. Tout à coup, son corps s’écroule. L’un des passagers, médecin, se précipite à son chevet et découvre un couteau Laguiole planté au bas de son cou. La victime, Laetitia Toureaux, meurt dans l’ambulance qui la mène à l’hôpital Saint-Antoine. La jeune femme est montée dans le métro au départ de la ligne, à la station précédente, soit quelques minutes avant d’être retrouvée morte. Le meurtrier a donc agi entre les deux stations et a probablement quitté la rame en marche, une fois le crime commis.

Ainsi commença l’une des plus passionnantes énigmes policières de l’histoire. L’enquête qui suivit fut particulièrement mal menée : la police laissa repartir le train sans relever d’indices, ne retint les passagers des autres wagons que quelques minutes, sans relever leurs identités. Bref, on ne parvint pas à retrouver le coupable. Cette affaire révéla néanmoins la personnalité trouble de Laetitia Toureaux (qui se faisait appeler Yolande) : jeune veuve, ouvrière modèle et serviable, elle se révéla être un mouchard patronal, chargé d’espionner ses collègues. Son train de vie dépassait largement ce que lui permettait son salaire.

On apprit qu’elle travaillait pour une agence de détectives privés chargée d’infliltrer les immigrés italiens, opposants à Mussolini ; qu’elle tenait le vestiaire d’un dancing louche où se retrouvait l’extrême-droite. On découvrit surtout ses liens avec la Cagoule, organisation d’extrême-droite. Etait-elle espionne ? Ses deux amants du moment étaient militaires sur des sites sensibles, l’un sur la ligne Maginot, l’autre au port de Toulon. Or, deux ans avant la déclaration de guerre, le climat géopolitique est tendu... Le crime du métro passionna assez la France, les journaux s’emparant de l’histoire. La guerre, qui éclata deux ans plus tard, fit passer l’affaire au second plan. Elle fut finalement classée sans avoir été résolue.

En novembre 1962, l’affaire fut relancée : la police reçut une lettre de cinq pages dont les premiers mots étaient : « Je suis l’assassin de Laetitia Toureaux ». Un médecin originaire de Perpignan s’accusa de manière anonyme, racontant ses relations mouvementés avec la jeune fille qui se refusa à lui. La lettre, diffusée dans les journaux, ne donna rien. Aucune investigation ne fut menée. Il est vrai que l’affaire avait été classée depuis longtemps. Avec le temps, on se mit à lire tout et n’importe quoi sur cette affaire : des ouvrages et revues médiocres parlèrent de sorcellerie, nimbant le crime d’une aura surnaturelle. Ce fait divers a inspiré l’écrivain Pierre Siniac pour son roman Le Crime du dernier métro, paru en 2001

Elle repose avec sa mère (et sans doute son frère) dans une tombe en cours d’affaissement dans la 2ème division du cimetière de Thiais.


Retour vers le cimetière parisien de Thiais


Merci à Sergueï Diakonov pour les photos.


Commentaires

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vendredi 7 octobre 2011 à 14h59, par  cp

Ce qui est à relever est que cette personne au destin énigmatique et romanesque ne semble guère avoir suscité de films, ou de téléfilms, comme si l’empathie nécessaire à faire vivre un héro buttait sur le rejet profond, la répulsion, l’incompréhension des narrateurs d’aujourd’hui, souvent inaptes à saisir l’âme sombre d’une époque qu’ils regardent avec un regard de moraliste ou de juge.

Leatitia Toureau pourrait cousiner avec l’apprentie comédienne, une nommée Annie Mouraille, qui aguicha Marx Dormoy dans l’hôtel de son assignation à résidence, le temps que ses complices garnissent son matelas de la bombe qui allait lui arracher la tête. On pourrait bâtir une sorte de duo infernal !

Il faudrait des acteurs qui ne seraient pas atteints du syndrome « Yves Montand », acteur réticent à être à l’écran autre chose que ce qu’il pensait être « honorable » , fort, voire dominant...
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