AYDOILLES (88) : cimetière
par
Dans le petit cimetière d’Aydoilles repose discrètement [1] Roger BONTEMS (1936-1972). Après avoir fait la guerre d’Algérie, il devint moniteur parachutiste au sein de l’armée, puis plombier. Suite à plusieurs vols et braquages, il fut condamné en 1965 par la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle à 20 ans de réclusion criminelle. Purgeant sa peine à la maison centrale de Clairvaux, il y rencontre Claude Buffet, son nouveau codétenu, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en octobre 1970. Ayant déjà tenté de s’évader trois fois, Bontems élabore un nouveau plan d’évasion avec Buffet. Le 21 septembre 1971, il commet, avec son compagnon de cellule Claude Buffet, une prise d’otages à l’infirmerie de la prison. Buffet et Bontems s’enferment dans l’infirmerie avec trois otages : le surveillant Guy Girardot (25 ans), l’infirmière Nicole Comte (35 ans), et un détenu-infirmier, finalement relâché.
Le lendemain, lors de l’assaut par les forces de l’ordre qui neutralisent les deux mutins, on découvre dans un coin de la salle les corps égorgés des deux otages. Leur procès se déroule a la cour d’assises de l’Aube en juin 1972. Bontems est défendu par les avocats Robert Badinter et Philippe Lemaire. La cour juge que, bien que n’ayant pas tué, Bontems est complice des assassinats de Buffet. Elle ne lui reconnaît pas de circonstances atténuantes et les condamne tous deux à la peine de mort. Ineptie du caractère dissuasif de la peine de mort : parmi la foule qui appelait à la mort de Bontems à la sortie du tribunal figurait Patrick Henry, qui assassina un jeune enfant en 1976.
Pompidou ayant refusé leur grâce, ils sont décapités en novembre 1972 à la prison de la Santé à Paris ; dernière exécution française ayant eut lieu dans la capitale. Révolté par cette exécution d’un homme qui n’avait pas tué, Robert Badinter décrivit le procès et ses suites dans son livre L’Exécution (1973). Il poursuivit dès lors avec opiniâtreté son combat contre la peine de mort qui, alors qu’il était devenu ministre de la Justice, fut abolie en 1981.
Tandis que Claude Buffet fut inhumé dans le carré des suppliciés du cimetière parisien d’Ivry, Roger Bontemps le fut dans le caveau familial de son village.
[1] Son identité n’est pas indiquée sur la tombe.
Commentaires