Saint-Quentin (02) : Nuit des musées : mémoires d’outre-tombe à Saint-Quentin

Article de aisnenouvelle.fr - 19 mai 2014
lundi 19 mai 2014
par  Philippe Landru

A l’occasion de la Nuit des Musées, un article intéressant sur le grand cimetière Saint-Jean de Saint-Quentin.

La Société académique a fait défiler le temps et l’histoire, samedi, dans les allées du cimetière où gisent les Saint-Quentinois qui ont marqué leur époque.

« Père-Lachaise saint-quentinois », « havre de paix romantique » ou encore « musée à ciel ouvert ». Les comparatifs élogieux ne manquent pas pour les amoureux du cimetière Saint-Jean. L’ancien champ Carotte, comme il était appelé naguère, reste la dernière demeure des Saint-Quentinois. Citoyens riches et déshérités, personnages illustres et anonymes, hommes de bien et scélérats y reposent. Si les hommes apparaissent égaux devant la mort, le cimetière, lui, reflète toujours la position sociale du défunt ou la renommée de sa famille. « Monuments remarquables qui n’ont d’égal que la vanité de leur propriétaire » côtoient l’ossuaire et ses « centaines de personnes déposées là en vrac ».

1- Langrand, le premier des grévistes Jean-Baptiste Langrand fut l’un des premiers syndicalistes saint-quentinois à défendre férocement la cause des ouvriers. « Les patrons du textile en avaient sacrément peur », explique le marbrier et mémoire locale Jacques Landouzy. Il organisa la première grève à Saint-Quentin en avril 1878. Il fit de la prison en 1891 suite à des échauffourées et après avoir lancé une salve d’insultes aux forces de l’ordre. Il fut également conseiller municipal et vice-président du conseil des prud’hommes.

2- Branly et Nicolas, précurseurs radio et télé
Né à Amiens en 1844, Édouard Branly s’installe à Saint-Quentin, rue des Suzannes, lorsque son père devient professeur au lycée Henri-Martin. Physicien et médecin, il découvre le principe de la radioconduction et celui de la télémécanique, éléments précurseurs de la radio. Son nom évoque aujourd’hui le musée parisien des arts et civilisations. Si ses parents et sa sœur sont enterrés ici, Édouard Branly, lui, repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Mort en 1920, Louis Nicolas est « inconnu au bataillon, selon Jacques Landouzy, mais semble être précurseur de la diffusion des images par les ondes. Il serait en fait l’un des concepteurs de la télé, semble-t-il. Mais, il faudrait fouiller car on ne connaît que peu de chose sur lui. On le disait graveur. Il devait donc être graveur de métaux… »

3- Les Bâtisseurs Brassart-Mariage et Delmas
Louis Brassart-Mariage (1875-1933) a réalisé le groupe scolaire Marthe-Lefèvre, « le magasin Bata », plusieurs églises, mairies et écoles dans les environs de Saint-Quentin, « l’asile de vieillards » à Flavy-le-Martel. Ancien élève à l’école Quentin-de-La Tour, « il avait réalisé un plan de la cité des Pastels qui prévoyait de refaire la ville. Notamment quelque chose de somptueux pour le parc d’Isle ». Il fut également conseiller municipal.

Gustave Delmas, quant à lui, est à l’origine des écoles Theillier-Desjardins et Camille-Desmoulins, du poste central des pompiers, de l’achèvement de l’église Saint-Éloi, des halles, des abattoirs… Son frère, Marc, était un grand musicien qui reçut le Prix de Rome.

4- Billon ou l’eldorado brésilien Mort en 1915, Émile Billon a installé une sucrerie au Brésil avant de construire une fabrique de glace réfrigérante avec laquelle il fit fortune. Il revint dans l’Aisne où il devint maire de Villequier-Aumont et y acheta le château. Il a légué près de 3 millions de francs à la ville de Saint-Quentin qui permit d’ériger la… cité Billon.

5- Appert, généralissime Compagnon de la Libération, le général Raymond Appert suit le général de Gaulle lors de la Seconde Guerre mondiale avant de partir en Afrique avec le général Leclerc qui l’envoie jusqu’en Éthiopie et au Soudan. Il va reformer des troupes qui feront le débarquement en Corse et en Italie. « Grâce à son sens diplomatique, la France a pu reconstituer des troupes », indique Jacques Landouzy.

6- Louis Robert de Massy, l’imposant distillateur Gisant avec sa famille dans ce qui est probablement la plus imposante chapelle du cimetière, Louis Robert de Massy était à la tête de la distillerie de Rocourt, « une des plus grosses entreprises de France, selon Maryse Trannois. En 1866, il produisait 55 000 hectolitres d’alcool et 2 000 tonnes de potasse par an, soit les deux tiers de la production du département  ». Sa fille poursuivra l’aventure industrielle familiale (en 1899, elle produisait 196 000 hectolitres d’alcool) avant que la Première Guerre mondiale n’anéantisse l’entreprise. Pour l’anecdote, certains Allemands, durant la guerre, se sont cachés dans le caveau de la chapelle lorsque le front se rapprochait, selon Jacques Landouzy.

7- Lamouret, garde impérial de Napoléon Né en 1779 à Saint-Quentin, Antoine Jean-Baptiste Lamouret fut lieutenant-colonel au 1er régiment de chasseur à pieds de la garde impériale. Commandant de la garde nationale à Saint-Quentin, il participa à de nombreuses batailles et fut commandant de place à Porto Ferrajo (Île d’Elbe) en 1815 pendant l’exil de l’empereur Napoléon Ier. Il fut nommé lieutenant-colonel la même année et mourut en 1839 dans la cité des Pastels.

8- Amédée Ozenfant, le peintre Né à Saint-Quentin en 1886, Amédée Ozenfant était un peintre proche du dadaïsme et du surréalisme. Il fonde en avril 1915 la revue L’Élan à laquelle Guillaume Apollinaire participera. Il travaille avec Le Corbusier et crée la revue L’Esprit nouveau, avant de fonder en 1936 à Londres l’« Ozenfant academy » puis à New York, où il s’exile de 1939 à 1955, l’« Ozenfant school of fine art ». Il aura pour élève Roy Lichtenstein et Gerald Murphy, entre autres.

9- Le petit carré militaire Le cimetière Saint-Jean possède également son carré militaire. Tout petit, il honore notamment la mémoire du Xe Régiment territorial d’infanterie. « Il rassemblait des hommes de deux jours, comme on les appelait, détaille Jacques Landouzy. C’était des bons pères de famille qui n’avaient pas fait d’exercices depuis 15 ans. Ce sont eux qui ont participé à la dramatique bataille de Bellenglise. Le 28 août 1914, on les a envoyés en position alors qu’ils croyaient aller simplement faire des exercices… »

Le cimetière garde d’ailleurs des traces importantes des affres de la guerre. Bombardé à partir de 1917, il est émaillé d’impacts de balles sur les sépultures. Les allées étaient, auparavant, couvertes de tilleuls « mais les Allemands les ont pris car ils avaient besoin de bois dans les tranchées… », raconte Jacques Landouzy.


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