Vaste cimetière pour un petit village, mais il est vrai qu’une grande partie du lieu est encore vide. Les tombes les plus anciennes semblent "flottées" dans ce quadrilatère trop vaste pour elles !
Une grande vedette de son époque repose ici, même si étonnement rien ne rappelle son souvenir sur la tombe, pas même son identité : il
s’agit de la comédienne Françoise ROSAY (Françoise Gilberte Bandy de Nalèche : 1891-1974).
Fille naturelle de Marie-Thérèse Chauvin, actrice connue sous le nom de Sylviac, et du comte Bandy de Nalèche, elle projeta de devenir cantatrice et, après le Conservatoire, travailla au théâtre et alla même jouer en Russie à la veille de la guerre. Elle débuta au cinéma en 1911 dans Falstaff, et devient célèbre en jouant les « peaux de vache ». En 1917, elle gagna un prix au Conservatoire de Paris. Elle fit alors ses débuts au Palais Garnier dans le rôle-titre de Salammbô d’Ernest Reyer. En 1917, elle rencontre son futur mari, le cinéaste Jacques Feyder. Il la fit tourner dans ses principaux films : La Kermesse héroïque, Le Grand Jeu, Pension Mimosas... Elle appartint à un réseau de résistance durant la guerre.
Elle joua sur tous les registres, de l’émotion au drame, de la comédie de boulevard à la farce, enchaîna les films, de Drôle de drame de Marcel Carné à Un carnet de bal de Julien Duvivier, en passant par L’Auberge rouge de Claude Autant-Lara. Elle tourna jusqu’à sa mort, soit une carrière rarissime qui dura plus de 70 ans !
Elle reposerait donc dans la tombe Triadou, anonyme, où rien de rappelle sa mémoire [1]
Dans ce cimetière repose également le peintre KAZIK (Kazimierz Majewski : 1910-1994).
Toujours dans cette petite nécropole repose Michel GALLIMARD (1917-1960). Rappelons que ce neveu de Gaston Gallimard pilotait la voiture dans laquelle se trouvait son épouse Janine (+2006 et inhumée ici), Anne Gallimard et Albert Camus. L’automobile vint percuter de plein fouet un premier arbre, avant de s’écraser sur un platane, treize mètres plus loin. Miraculeusement, les deux femmes furent indemnes. Michel Gallimard, très gravement blessé, mourut six jours plus tard. Albert Camus, lui, fut tué sur le coup.
Michel Gallimard possédait une maison à Sorel-Moussel (non loin de celle de Françoise Rosay). Il y a invité Albert Camus à plusieurs reprises. Il repose auprès de son père et de son épouse.
On trouve encore dans ce cimetière la tombe du lieutenant Dejean de la Batie, une des victimes de l’attentat contre le poste de casernement "Drakkar" au Liban en octobre 1983.
On signalera enfin l’originalité de la tombe Echkenazi.
Post-scriptum
Merci à Quentin Stinat pour les photos Gallimard.
Commentaires
Avant de devenir la grande comédienne TTC (Théâtre-Télé-Cinéma) que l’on connaît, Françoise ROSAY a été artiste lyrique, plus précisément "soprano" à l’Opéra de Paris dans les années 1919-1920.
A la lumière du Net, j’ai pu lire que TRIADOU est le nom d’un baryton de l’Opéra de Paris !
Y a-t-il un rapport entre les deux personnalités ? En tout cas, c’est une piste à creuser !
Je sais que l’actrice à la carrière exceptionnelle possédait une maison à Sorel-Moussel, en bordure de l’Eure !
Par contre, il faut savoir - malgré ce qui est affirmé sur Internet - qu’elle n’est pas inhumée avec son cinéaste de mari, d’origine belge, Jacques FEYDER, lequel repose depuis 1948 au cimetière d’Ixelles, en banlieue bruxelloise, dans le caveau familial des Frédérix !
( Sources : site "Archives.nantes.fr" (Quand la ville arrive) )
@Philippe :
J’ai envoyé un mail à la municipalité de Sorel-Moussel, afin de connaître avec précision l’emplacement de la tombe de Françoise ROSAY .
Il m’a été répondu que celle-ci se situait dans la partie des concessions perpétuelles, à droite en entrant dans le cimetière, la 4ème allée, à côté de la tombe de la famille RIVIERRE .
Est-ce que ça correspond à la tombe que vous avez photographiée ?
( Ne pas tenir compte du message précédent que vous pouvez effacer ! )
@Philippe& Ghislain
La Mairie de ce village a très aimablement fourni un plan renseigné du cimetière à mes amis fureteurs Maurice et Michel, levant ainsi le voile sur les dernières incertitudes :
La tombe est bien dans la 4° allée qui part vers la droite après avoir suivi le chemin depuis l’entrée sur environ 15 mètres. La première tombe de l’allée est au nom de Fish, comptez jusqu’à la 25°, au nom de Gouel ; la 26° est une tombe sans aucune inscription (simple dalle ) qui est au nom de Frederix ; la 27°, au nom de Triadou, est également au nom de Frederix, et a l’honneur d’héberger notre actrice célébrissime. La 28° porte le nom Rivierre. Si vous comptez jusqu’à la 32° tombe, celle-ci est également au nom de Fréderix (simple dalle sans aucune inscription).
Voilà donc LA description qui vaut n’importe quel GPS).
H. Lallment
@BABC
Je vous remercie de cette précision. Juste la remarque, aussi bien pour arrêter d’approfondir à l’infini, que pour répondre à Ghislain, que ce cimetière se trouve dans la commune de Evere, (donc pas Ixelles), et que sur la tombe de Jacques Feyder sont mentionnés ses parents et son frère Gustave André.
H.Lallment
En 1937, Françoise Rosay achète une petite maison baptisée "La cerisaie" à Sorel-Moussel avec un accès sur l’Eure car Jacques Feyder souhaite s’adonner aux joies de la pêche. Avec son sens de l’anticipation qui la caractérise, elle achète également deux concessions perpétuelles au nom de Frédérix (nom véritable de Jacques Feyder) dans le cimetière du village.
Le 24 mai 1948, Jacques Feyder meurt dans une clinique en Suisse. Françoise Rosay hésite, puis finalement décide d’enterrer son mari en Belgique dans le caveau familial Frédérix.
Comme une des deux concessions devient inutile, dans les années 60, elle est utilisée pour la famille Triadou, famille de la femme de Paul, le deuxième fils de Françoise Rosay et de Jacques Feyder.
Le 28 mars 1974, Françoise Rosay meurt dans une maison de repos à Montgeron. Ses trois fils, Marc, Paul et Bernard, ne sont pas d’accord : "Où enterrer maman ? A Sorel-Mousel, où elle possède une concession perpétuelle pour elle-même ? En Belgique aux côtés de Jacques Feyder, l’homme de sa vie ? " Ne parvenant pas à se mettre d’accord, les trois fils décident de l’inhumer "provisoirement" dans la caveau Triadou. Le temps passe et les fils oublient que leur mère est dans une tombe provisoire. Ils font preuve de négligence et d’égoïsme vis-à-vis de celle qui s’est battu sa vie durant pour leur assurer une existence confortable.
En janvier 1990, lorsque j’ai rencontré pour la première fois les trois fils de Françoise Rosay, seul le cadet Bernard semblait affecté par cette situation. Depuis, ils sont tous les trois décédés et rien n’a bougé. Quant aux petits-enfants, ils ne veulent pas entendre parler de leurs illustres grands parents.
Cette sitation peut paraître choquante pour quelqu’un d’extérieur. Il n’est pas toujours facile de se construire et d’exister lorsqu’on a des parents illustres et une mère à la personnalité si forte.
Didier Griselain
www.francoiserosay.fr