Le premier cimetière de Sélestat était situé autour de l’église paroissiale, de part et d’autre du chœur. Lors de la construction du nouveau chœur au XIVe siècle, un passage ménagé en dessous permit de passer d’une partie à l’autre du cimetière, tandis qu’une chapelle, détruite en 1811 et dédiée à saint Michel, abrita un ossuaire au sud de l’église. A la suite d’une épidémie de peste en 1527, un nouveau cimetière fut ouvert dans la plaine des moines au-delà de la porte basse. Le cimetière situé à côté de l’église fut officiellement fermé, mais des inhumations y furent faites jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Deux nouveaux cimetières furent ouverts en 1677, l’un au nord de la ville - qui est le cimetière communal actuel - et un cimetière au sud de la ville qui fut fermé au milieu du XXe siècle.
Dans le cimetière nord, une chapelle servant d’ossuaire et une pyramide élevée en 1688 furent détruites lors du siège de 1814. Ce cimetière urbain est donc un très vieux cimetière, même si le tombeau le plus ancien date de 1807.
Les réalisations de la famille de sculpteurs Sichler confèrent au cimetière une dimension particulièrement artistique.
Curiosités
Les représentations artistiques sont nombreuses, essentiellement d’inspiration chrétienne.
Célébrités : les incontournables...
Pour l’essentiel, les personnalités du cimetière ont une notoriété qui dépasse rarement l’Alsace.
... mais aussi
Des politiques, quelques industriels, mais pour l’essentiel des militaires.
– Le général Gaston d’ARMAU de POUYDRAGUIN (1862-1949), qui s’illustra particulièrement au cours de la
Première Guerre mondiale, notamment au commandement de la 47e division d’infanterie, formée de bataillons de chasseurs alpins. Il avait joué un rôle préjudiciable à Dreyfus : Capitaine en décembre 1893, il avait effectué son stage d’état-major en même temps qu’Alfred Dreyfus. Deux de ses dépositions comptèrent parmi les pièces du dossier secret qui emportèrent finalement la conviction des juges. Il fut président de la Ligue des patriotes à partir de 1932.
– Le colonel Ignace BAUDINOT (1776-1840), qui fit les campagnes impériales et fut fait baron d’Empire. Sa
tombe rocaille est quasiment illisible, bien qu’ornée. [1].
– Paul DEMANGE (1906-1970) : ancien collaborateur de Georges Bonnet, ami du premier ministre de
l’Intérieur du maréchal Pétain, Adrien Marquet, il dut à ce dernier une évolution rapide en début de carrière. À 33 ans, il fut nommé directeur du personnel au ministère de l’Intérieur, puis, six mois plus tard, directeur du cabinet du ministre, devenant ainsi une des plus hautes personnalités de l’administration, dans les premiers mois de ce régime de Vichy, où s’amorçait la politique de collaboration en France. Bien que nommé préfet de Saône-et-Loire (1942–1943), puis de Seine-et-Marne (1943), il se rapprocha de la Résistance, sauva des résistants et des réfractaires au STO, et fut déporté à Neuengamme. Il poursuivit après la guerre sa carrière dans la Haute administration : préfet de la Réunion (1947-1950), d’Oran (1950-51), du Bas-Rhin (1951-56), de Seine-et-Oise (1956-66) ; il fut détaché en qualité de ministre d’État de la Principauté de Monaco entre 1967 et 1969.
– Jean-Baptiste DORLAN (1803-1862) : avocat à Sélestat, il fut député du Bas-Rhin de 1848 à 1849, siégeant avec les républicains modérés.
– Albert EHM (1912-1983) : enseignant de philosophie, il fut maire de Sélestat de 1953 à 1965. Député de
droite du Bas-Rhin en 1946, il en fut sénateur de 1947 à 1950, puis à nouveau député de 1958 à 1978.
– Gilbert ESTÈVE (1948-1996) : maire socialiste de Sélestat de 1989 à sa mort, il fut chef de cabinet de
Jack Lang, ministre de la Culture entre 1981 et 1986.
– Le sculpteur Armand GACHON (1845-1908), très actif dans la région.
– Le colonel Jean-Baptiste KLINGLER (1745-1827), qui servit durant les campagnes révolutionnaires puis impériales, bénéficie d’un beau tombeau signé André Friederich.
– L’adjudant de zouaves Alexis KREMBSER (1835-1890), qui fit les campagnes d’Italie, du Mexique, d’Allemagne et d’Afrique, repose sous un tombeau qui reproduit ses médailles, œuvre de Gabriel Hügel.
–
L’industriel Louis LANG (1784-1828), fabricant de gazes métalliques, repose sous une belle tombe signée Ignace Sichler. A coté se trouve la tombe de son fils Louis (1809-1873), qui reprit et développa l’entreprise, et son petit-fils Irénée (1841-1922), qui fut de 1881 à 1893 député protestataire au Reichstag.
– Pierre François LATAYE (1755-1827), général de la Révolution et de l’Empire, qui se signala
particulièrement à Austerlitz. Il fut fait baron d’Empire.
– Alfred OBERKIRCH (1876-1947) : député de la Fédération républicaine de 1919 à 1940
puis du Mouvement républicain populaire du Bas-Rhin de 1945 à 1946 ; il fut sous-secrétaire d’État au Travail, à l’Hygiène, à l’Assistance et à la Prévoyance Sociales entre 1928 et 1930, puis sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie en 1930. Il fut encore conseiller de la République (sénateur sous la IVe République) du Bas-Rhin de 1946 à sa mort.
– L’industriel Ignace ROSWAG (1754-1828), qui introduisit en France le procédé allemand de fabrication de toiles métalliques en 1778. Il déposa, en 1807, au Conservatoire des arts et métiers de Paris une filière identique à celles utilisées à Nuremberg, ainsi qu’un métier à tisser les toiles métalliques. Il fut le premier à appliquer le système Jacquart à ses toiles. Il ouvrit des succursales à Paris, Lyon et Bockenheim près de Francfort-sur-le-Main.
– François Ignace SCHAAL (1747-1833) : général de la Révolution et de l’Empire, maire de Sélestat de
1800 à 1807, il fut député du Bas-Rhin de 1808 à 1812. Son identité ne figure pas, mais il repose aux côtés de sa fille et de son gendre (Jean-Thomas Dubocq et Marie Caroline Philippine Henriette Schaal). [2]
– L’architecte François Antoine SCHULTZ (1757-1839), sous un tombeau réalisé par Ignace Sichler.
– Le couple de sculpteurs Ignace SICHLER (1798-1848) et Catherine VALLASTRE (1795-1855), auteurs en particulier de plusieurs tombeaux dans ce cimetière. Y repose également leur fils, Germain SICHLER (1838, 1889), également sculpteur.