L’improbable royaume d’Araucanie et de Patagonie

Royaume d’opérette, souverains « n’ayant que des prétentions fantaisistes sur un royaume sans existence légale et ne jouissant d’aucune reconnaissance internationale », anecdotes remises au goût du jour par la presse locale quand elle n’a rien d’autre à se mettre sous la main...

Cette "aventure" fait désormais sourire. Pourtant, le royaume aurait pu connaître une pérennité plus grande. Si elle fut vouée à l’échec, c’est que la presse de l’époque ne cessa de moquer le personnage d’Antoine Tounens (en particulier ses origines roturières), et que le gouvernement ne fit rien pour l’aider.

Dans le contexte colonial et nationaliste de l’époque, avec un appui plus soutenu de l’Etat, le royaume aurait pu devenir réel : cette région du monde n’appartenait alors à aucun État, et le roi d’Araucanie bénéficiait de l’appui des tribus indigènes. Napoléon III était néanmoins à l’époque engagé dans l’expédition du Mexique : il n’était donc pas question de chasser plusieurs lièvres à la fois !

Depuis, le royaume d’Araucanie et ses prétendants sont devenus un élément de folklore, accrédité par des "historiens" d’opérettes - très souvent dans les mouvances d’extrême droite et catholique traditionnaliste - et médiatisés dans les journaux "people" ou une télévision bien peu exigeante.

Le Royaume d’Araucanie et de Patagonie est un royaume éphémère fondé en Araucanie et Patagonie (territoires du Chili et de l’Argentine depuis 1902) par deux ordonnances du 17 novembre et du 20 novembre 1860 signées sous le nom Orélie-Antoine Ier par un Français, Antoine Tounens, proclamé ou autoproclamé roi lors d’assemblées de Mapuches du 25 au 30 décembre 1860.

Les territoires des Mapuches, revendiqués pour royaume par Antoine de Tounens,ne sont plus indépendants depuis leur partage, en décembre 1902, entre le Chili et l’Argentine sous l’arbitrage de la Grande-Bretagne.

Royaume virtuel entretenu avec ferveur par une petite cour en exil, elle se présente comme une monarchie constitutionnelle élective disposant de son drapeau, de multiples décorations et de son hymne.

Drapeau du royaume d’Araucanie et de Patagonie

ORÉLIE-ANTOINE Ier

(Antoine Tounens : 1825-1878)
Roi de 1860 à 1878


Issu famille de paysans dont l’aisance relative lui permit de faire des études et d’acheter une charge d’avoué à Périgueux, il vendit ensuite sa charge et contracta un emprunt de 25 000 francs en vue d’une expédition qu’il projetait.

Débarqué au Chili le 28 août 1858, il gagna la province d’Arauco en 1860 où il promulga une constitution le 17 novembre. Ayant pris le nom d’Orellie-Antoine Ier (ou Orélie-Antoine Ier), il fut proclamé roi d’Araucanie et de Patagonie le 20 novembre 1860, revendiquant ainsi l’extension de son royaume au-delà des Andes, jusqu’à l’Atlantique et au détroit de Magellan. Il s’appuya sur les tribus Puelches et Tehuelches, hostiles au gouvernement chilien, mais fut fait prisonnier par les troupes chiliennes en 1862, puis condamné à l’internement dans un asile de fous. L’intervention du consul général de France lui permit de regagner la France. Durant la période 1860-1862, le Royaume d’Araucanie et de Patagonie eut donc, dans une certaine mesure, une existence effective. Il n’abandonna pas ses projets, organisa une souscription en 1866, et monta en 1869, 1874 et 1876 trois nouvelles expéditions qui se soldèrent par des échecs.

Revenu malade de sa dernière expédition

Sur son acte de décès, le maire de Tourtoirac porte la mention « Antoine de Tounens, ex-roi d’Araucanie et de Patagonie  »

, il se retira chez son neveu établi à Tourtoirac, y mourut et y fut inhumé.

Inhumé au cimetière de Tourtoirac (24).


ACHILLE Ier

(Achille Laviarde : 1841-1902)
"Roi" de 1882 à 1902


Cette folle aventure aurait pu s’arrêter là mais il n’en fut rien : mort sans alliance ni descendance, son "titre" royal passa à son secrétaire, Achille Laviarde, un administrateur rémois qui prit le nom d’Achille Ier. Il fit signer en 1882, un acte de renonciation à l’héritier naturel, Adrien de Tounens, boucher à Tourtoirac. Bien qu’Antoine Ier ne se rendit jamais en Amérique, il "administra" son royaume dans l’exil, s’inventant des ministres, créant des ordres royaux, et parvenant même à se faire reconnaître par le Gotha et à nommer des consuls. Mort sans enfant, la couronne échut à l’un de ses secrétaires d’Etat, Antoine-Hyppolite Cros.

Achille Laviarde habitait à Paris, place du Trône, mais résidait plus fréquemment au cabaret Le Chat noir, au pied de la butte Montmartre, où le protocole exigeait que les nouveaux venus soient présentés au roi. Le journaliste Paul Ginisty rapporte qu’on peut le voir « trônant » dans les cafés de Montmartre où « pour un bock offert, il vous bombardait aussitôt dignitaire de la couronne. Des gens qui avaient été jusqu’à payer une troisième tournée s’en retournaient au moins ducs et pairs, ou avec la solennelle promesse d’une charge de ministre quand les Araucaniens se décideraient à appeler à eux leur monarque. C’est de quoi Achille premier n’était pas très pressé »

Achille Laviarde mourut sans laisser d’héritier ni de testament. Un de ses amis, Antoine-Hippolyte Cros (qu’il avait vraisemblablement rencontré au cabaret Le Chat noir), fut désigné comme son successeur par le conseil d’État du royaume (formé des sept membres restant de la Société des médaillés de la Constellation du Sud), et conformément à la volonté d’Achille Laviarde (car on raconte qu’il avait cédé sa couronne à Cros, à l’issue d’une partie de cartes perdue au cabaret.

Achille Ier fut inhumé au cimetière-sud de Reims, puis exhumé en 1976 pour rejoindre le petit cimetière de Tourtoirac, où il repose à coté de son prédécesseur.


ANTOINE II

(Antoine-Hippolyte Cros : 1833-1903)
"Roi" de 1902 à 1903


Fils du philosophe Simon Charles Henri Cros, il était le frère du poète et inventeur Charles Cros et du peintre et verrier Henry Cros. Docteur en médecine, communard et passionné d’occultisme, son "règne" fut de courte durée puisqu’il mourut un an et demi plus tard.

Il fut inhumé au cimetière Montparnasse en présence d’Henry Cros, son frère qu’il avait titré prince, et de l’écrivain François Coppée, ami du défunt et titulaire d’une décoration du royaume d’Araucanie.

Une légende récurrente, alimentée par Wikipédia (que j’ai pourtant corrigé), le voit inhumé au cimetière Montmartre. Il fut en réalité enterré dans le caveau de famille Cros (auprès de son frère Charles), comme l’attestent très clairement les registres du cimetière.

Inhumé dans un caveau provisoire, il fut transféré dans le caveau de famille de la 29ème division du cimetière Montparnasse le 10 février 1904.


LAURE-THÉRÈSE Ière

(Laure-Thérèse Cros épouse Bernard : 1856-1916)
Prétendante au trône de 1903 à 1916


Fille du précédent, elle inaugura donc une tradition de transmission de succession par hérédité. Elle se désintéressa rapidement des affaires publiques du royaume d’Araucanie et de Patagonie... le "royaume" n’en souffrit a priori pas plus que cela ! Elle épousa l’homme de lettres Louis Marie Bernard, avec lequel elle eut Jacques Antoine Bernard, qui lui succéda.

Elle mourut le 12 février - ou le 12 mai - 1916 à Issy-les-Moulineaux. Son mari mourut le 13 et fut inhumé le 16 février 1908 au cimetière parisien de Bagneux (Laure Thérèse habite alors à Grisy, en Seine-et-Marne), mais elle n’apparait pas dans les registres de ce cimetière en 1916. J’ignore donc pour l’instant où elle fut inhumée.


ANTOINE III

(Jacques-Antoine Bernard : 1880-1952)
Prétendant au trône de 1916 à 1951


Fils de la précédente, directeur du Mercure de France, il se lança dans la collaboration et publia des auteurs antisémites. Jugé en 1945 pour intelligence avec l’ennemi, il fut condamné à la prison et à l’indignité nationale. Il se désintéressa totalement de son "titre".

Après la mort de Jacques-Antoine Bernard, le journaliste Philippe Boiry se proclama nouveau prétendant au trône, en invoquant une renonciation en sa faveur faite le 12 mai 1951 par Jacques-Antoine Bernard. Cette abdication n’est pas reconnue par les descendants d’Antoine-Hippolyte Cros.

Il fut inhumé au cimetière parisien de Bagneux (58ème division, 15ème ligne, 18)


PHILIPPE Ier

(Philippe Boiry : 1927-2014)
Prétendant au trône de 1951 à 2014


Militant d’Action française, il se disait sans grande preuve issu par les femmes et par alliances successives d’une certaine Aubine Tounens, arrière-grand-tante d’Antoine Tounens. Après la mort de Jacques-Antoine Bernard, il se proclama nouveau prétendant au trône en invoquant une renonciation en sa faveur faite le 12 mai 1951 par Jacques-Antoine Bernard, mais cette succession fut contestée. Il mena un procès pour cette reconnaissance, mais fut débouté par la Justice. Il prit position à plusieurs reprises pour soutenir le peuple mapuche (pour lequel a été créé le royaume d’Araucanie et de Patagonie) dans sa lutte pour les droits de l’homme qu’il estimait « bafoués » par l’Argentine et le Chili.

À la mort de Philippe Boiry, et après quelques jours d’une régence assurée par Philippe de Lavalette, le conseil de régence de la maison royale d’Araucanie et de Patagonie élut Jean-Michel Parasiliti di Para comme successeur. S’ensuivit un "conflit de succession", un autre candidat ayant été désigné, via un mystérieux testament comme le successeur de Philippe Ier : Stanislas Parvulesco, un jeune négociant en cigares de 21 ans, sous le titre Stanislas Ier. La "grande majorité" des partisans de l’Araucanie se rangea néanmoins derrière Jean-Michel Parasiliti di Para.

Il fut inhumé dans la chapelle privée de la Chaize à Chourgnac (24).


ANTOINE IV

(Jean-Michel Parasiliti di Para : 1942-2017)
Prétendant au trône de 2014 à 2017


Educateur spécialisé, directeur d’établissement à caractère médico social pour adultes handicapés mentaux, il était proche de son prédécesseur et fut élu par le conseil de régence pour lui succéder.

Il fut inhumé dans le caveau de famille au cimetière de Carnoux-en-Provence (13) (et pas à Marseille comme le laisse entendre sa fiche Wikipédia).


FRÉDÉRIC Ier

(Frédéric Luz : né en 1964)
Prétendant au trône de 2018 à 2023


Héraldiste, il fut élu en 2018 par le conseil de Régence du royaume, bien que contesté par Stanislas Parvulesco et ses fidèles. Il fut toutefois « destitué » par les membres du Conseil du Royaume et du Conseil d’État, qui le jugeaient dépassé par les exigences de sa charge ; destitution qu’il n’accepta pas.


PHILIPPE II

(Philippe Delorme : né en 1960)
Prétendant au trône en 2023


Historien et journaliste dans des revues conservatrices et réactionnaires, il est l’un des "spécialistes" des têtes couronnées, chers aux médias. Il se fit connaitre en faisant réaliser une analyse ADN sur le cœur de l’enfant du Temple, préservé lors de l’autopsie en 1795, dont les résultats menèrent au transfert de la relique dans la basilique Saint-Denis. Il milite pour le retour du roi de France Charles X dans cette même basilique. Proclamé prince en 2023, il abdiqua au bout de quelques jours suite à un déferlement de haine et d’injures à son égard.


PHILIPPE III

(Philippe Pichon : né en 1968)
Prétendant au trône depuis 2024


Avocat à Limoges, il fut proclamé prince en avril 2024 par le Conseil de Régence. Frédéric Ier conteste toujours sa destitution.

Post-scriptum

Source principale : Wikipédia

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