Certains articles s’imposent à moi au gré de mes recherches. Le grand nombre de nécropoles visitées me permet désormais de progressivement suivre, de cimetières en cimetières, les fils généalogiques ayant lié des familles entre-elles... et de corriger au passage des erreurs circulant sur le Net. De Robespierre aux théâtres parisiens, de Victor Hugo au cinéma en passant par un ministre, telle est la trame de l’étude de quatre familles.
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Les JULLIEN
– Marc-Antoine JULLIEN, dit Jullien de la Drôme (1744-1821) : accueillant avec
enthousiasme la Révolution, il fut élu député de la Drôme à la Convention en septembre 1792. Siégeant sur les bancs de la Montagne, adversaire des Girondins, il survécut à la chute de Robespierre. Il se consacra par la suite à la littérature et à la poésie et se retira dans la Drôme. Mort accidentellement en tombant d’un balcon, il fut inhumé au cimetière de Pizançon (26), même si son nom est mentionné pour mémoire sur le caveau de famille Jullien du Père Lachaise (11ème division).
Il était l’époux de Rosalie DUCROLLAY (1745-1824), qui fut épistolière et diariste.
Contrairement à ce qu’on peut lire sur sa fiche Wikipedia, elle ne repose pas avec son mari mais dans le caveau de famille du Père Lachaise (11ème division).
Ensemble, ils eurent parmi leurs enfants :
– Marc-Antoine JULLIEN, dit Jullien de Paris (1775-1848) : comme son père, il
s’engagea dans la Révolution, s’affilia au club des jacobins, et devint un proche de Robespierre. Comme son père encore, il survécut à Thermidor. Il rejoignit l’armée d’Italie, où il devint le rédacteur du Courrier de l’armée d’Italie, puis suivit le général Bonaparte dans l’expédition d’Égypte. Initiateur de la République parthénopéenne, il fut nommé secrétaire général du gouvernement provisoire en 1799, mais le Directoire, indisposé par ses tendances jacobines, le rappela. Accueillant avec satisfaction le coup d’État du 18 Brumaire, il propose à Bonaparte un plan d’unification des états italiens en juillet 1800. Toutefois, comme il s’indigna des proscriptions antijacobines consécutives à l’attentat de la rue Saint-Nicaise, il fut progressivement écarté par Napoléon. Il publia plusieurs journaux d’opposition entre 1815 et 1817 et se fait une réputation de pédagogue. Il repose dans le caveau de famille du Père Lachaise à Paris (11ème division).
Avec son épouse Sophie-Juvence Nioche, il eut six enfants dont :
– Marc-Antoine Auguste (1802-1854), qui fut journaliste dans diverses revues dont la Revue encyclopédique, dont son père avait été le directeur, et que lui-même rédigea de 1829 à 1831. Il repose au cimetière Montmartre (7ème division). Dans cette même chapelle repose également l’homme de lettres et journaliste André DUBOSCQ (1876-1949), qui fut rédacteur du Temps et du Monde.
– Pierre-Alexandre Adolphe (1803-1873) : ingénieur en chef du corps des ponts et chaussées, il se vit confier la conception des grands ponts-canaux du canal latéral à la Loire. On lui doit également la construction du chemin de fer Paris-Lyon. Une rue du 1er arrondissement de Paris porte son nom. Il repose au cimetière Montmartre de Paris (29ème division).
– Henri Louis Frédéric Alfred (1805-1871), qui fut architecte. Il repose dans le même caveau que son frère Auguste, dans la 7ème division du cimetière Montmartre à Paris.
– Antoinette-Stéphanie (1812-1883), qui publia deux ouvrages, Contes à mes nièces et Les Fées de la famille. Elle épousa Joseph-Philippe Simon, dit Lockroy, qui suit. Elle repose dans le caveau de famille Jullien du Père Lachaise à Paris (11ème division).
Les SIMON "LOCKROY"
– Henri SIMON (1764-1827) : général, il participa aux campagnes révolutionnaires puis impériales. Il repose au cimetière des Péjoces de Dijon (21).
Il fut le père de :
– LOCKROY (Joseph Philippe Simon : 1803-1891), qui débuta en tant que
comédien sous le pseudonyme de Lockroy - son père lui ayant interdit d’utiliser son nom - au théâtre de l’Odéon avant de passer au Vaudeville et à la Comédie-Française. Il fut l’auteur de nombreux vaudevilles, dont certains en collaboration avec Eugène Scribe, mais également de livrets d’opéra en collaboration : (Maria di Rohan de Gaetano Donizetti, La Fée Carabosse de Victor Massé...Il épousa Antoinette-Stéphanie Jullien (voir plus haut). Il repose au cimetière Montmartre de Paris (21ème division).
1- Locroy épousa en première noce Louise Julie Gorenflot, qui mourut sans postérité en 1836 et qui fut inhumée dans la 2ème division du cimetière Montmartre de Paris.
2- Il épousa en seconde noce Antoinette Sophie Jullien, qui précède. Avec
elle, il eut un fils : Edouard LOCKROY (Edouard Simon : 1838-1913). Ce républicain resté fidèle à l’extrême gauche pendant les années 1870 se rapprocha ensuite du parti radical-socialiste, dont il devint l’une des figures de proue sous la Troisième République. Longtemps à la tête du ministère de la Marine, il engagea une politique navale volontariste et expansionniste. Son passage au ministère du Commerce et de l’Industrie lui permit par ailleurs de soutenir activement l’édification vivement contestée de la tour Eiffel. Il s’engagea en 1860 sous les ordres de Giuseppe Garibaldi et participa à l’unification de l’Italie. Il fut encore ministre de la Marine à deux reprises de 1895 à 1899. En 1877, il épousa Alice Lehaene (1847-1928), veuve de Charles Hugo, le fils de Victor, et mère de Georges et Jeanne, les petits-enfants adorés de Victor. Edouard Lockroy repose avec son épouse dans la 26ème division du Père Lachaise.
3- Locroy eut une fille issue d’une relation adultère avec la mezzo-soprano Caroline GIRARD (1830-1925), qui
créa au Théâtre lyrique, à l’Opéra Comique, puis aux Bouffes-Parisiens, de nombreux rôles pour les opéras de Weber, Adam et Grétry. Elle repose au cimetière parisien des Batignolles (24ème division).
Cette fille, née de la relation entre Lockroy et Caroline Girard , était Juliette GIRARD (Julie Joséphine Girard : 1859-1959) [1]. Cette soprano chanta essentiellement des opérettes. Elle devint une star du jour au lendemain en créant le rôle de Serpolette dans Les Cloches de Corneville en 1877. C’est durant ces représentations qu’elle rencontra et épousa le ténor célèbre SIMON-MAX, son premier époux. Elle créa bien d’autres rôles dans les différents théâtres parisiens. Elle mourut centenaire en décembre 1959 : à ce niveau, des explications s’imposent, tant les sources trouvées sur elle ne sont pas claires. Elle mourut bien en 1959 (et pas 1954 comme on peut parfois le lire). Elle est dite morte à Nice. J’ai cherché sa présence aux Batignolles en vain dans les registres du cimetière au nom de Girard, mais l’ai finalement retrouvé au nom de son second époux (Huguenet) ; son corps ayant été rapporté ... de Béziers (34) ! Quoiqu’il en soit, elle repose bien, auprès de sa mère, dans le caveau de la 24ème division des Batignolles. Son identité n’est en revanche pas portée sur le caveau.
Le fils qu’elle eut avec Simon-Max repose dans son caveau : Aimé SIMON-GIRARD (Aimé Simon : 1889-1950). Chanteur d’opérettes, il fut également acteur et joua dans 20 films de 1921 à 1948 ; années du muet où les réalisateurs comptèrent sur son physique de charme. Il fut surtout connu à l’époque pour son premier rôle (d’Artagnan) dans le film muet en douze épisodes Les Trois Mousquetaires de Henri Diamant-Berger (1921). Il repose auprès de son épouse, la danseuse espagnole de flamenco
devenue actrice María DALBAICIN (1902-1931). Elle avait acquis une certaine notoriété pour avoir joué dans les ballets russes de Diaghilev. Promise dès sa naissance à un gitan, ses fiançailles avec l’acteur Aimé Simon-Girard lui valut la malédiction de sa famille. Atteinte d’une maladie pulmonaire, elle se maria avec l’acteur le 6 août 1931 à Passy et mourut 5 jours plus tard, à l’âge de 28 ans.
Juliette Girard divorça en 1896 de Simon-Max et convola en seconde noce avec
l’acteur Félix HUGUENET (François Huguenet : 1858-1926). Acteur de Boulevard et de vaudevilles malgré deux années passées au Français, il avait créé en 1917 l’Union des artistes. Il repose dans le caveau familial des Batignolles.
Les SIMON et les MARTIN
SIMON-MAX (Nicolas-Marie Simon : 1847-1923) était un comédien et chanteur (ténorino). Il connut le succès en se produisant sur les scènes parisiennes. En 1893, alors qu’il était propriétaire du casino de Villerville, une baleine s’échoua sur la plage de cette commune. Simon-Max l’acheta et après avoir vendu l’huile et la chair
de l’animal, il en fit conserver la peau pour y abriter un théâtre qui devint un théâtre-musée, assez grand pour accueillir une petite centaine de spectateurs. La baleine fut ensuite déménagée au casino de Paris, mais elle y brûla en 1894. C’est durant les représentations de la pièce Les Cloches de Corneville qu’il tomba amoureux et épousa Juliette Simon-Girard (voir plus haut). Avec elle, il eut deux
enfants : Aimé Simon-Girard (voir plus haut), mais également Marie-Louise SIMON-GIRARD (1879-1978), qui devint chanteuse et épousa le chimiste-verrier et mosaïste René MARTIN (1876-1921). Tous reposent au cimetière de Saint-Denis (93).
Ce caveau de Saint-Denis est le caveau de famille des Martin : il avait été édifié pour le chimiste-verrier Auguste MARTIN (1826-1900), maître-mosaïste qui fut cofondateur (avec Honoré Victor Guilbert) de l’Atelier Guilbert-Martin qui joua un rôle prépondérant dans la renaissance et le développement de l’art mosaïque en France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Des œuvres réalisées par cet atelier ornent le Panthéon, l’église de la Madeleine ; les mosaïques de style byzantin de la crypte du tombeau de Louis Pasteur, à l’Institut Pasteur ; les mosaïques de l’Opéra-Comique, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre et la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon. Il repose bien dans cette sépulture bien que son identité ne soit pas portée sur la stèle.
Achevons cette fresque généalogique en précisant que René Martin et Marie-Louise Simon-Girard eurent une fille, Denise MARTIN (1905-1999), qui fut peintre.
Elle épousa l’acteur Maxime FABERT (Robert Jaillon : 1899-1978), qui dirigea la Comédie Wagram de 1946 à 1962 et joua beaucoup, pour le théâtre comme pour le cinéma (il tourna de nombreux films des années 30 à 1970).
J’ignore où ils reposent.
Post-scriptum
Tombe Martin : Wikipédia