Bien sur, la présence de Balzac rend ce secteur incontournable. Pourtant, en dehors de sa tombe, on s’aventure peu dans cette division qui tourne autour de l’immense "phare" de Félix de Beaujour que l’on aperçoit de partout. Découverte de ses tombeaux...
LES PERSONNALITÉS
– BALZAC Honoré de
– BEAUJOUR Félix de
... mais aussi
–
L’historien Anais BAZIN de RAUCOU (1797-1830), qui fut également garde du corps de Louis XVIII. Dans le même tombeau repose Louis Eugène SALLARD (1827-1881), qui fut député de la Seine-et-Marne de 1876 à 1881.
– Pierre Maxime BOUCHERON (1846-1896) : critique dramatique, librettiste et auteur de vaudevilles, il fut rédacteur au "Figaro". Son buste est une œuvre du sculpteur grec Leonidas Drosis.
– Le chansonnier Ernest CHEBROUX (1840-1910) qui connut le succès en
se produisant dans les cabarets fameux de son époque. Membre de la Lice chansonnière depuis 1873, il milita toute sa vie pour la chanson, organisant des concerts et collaborant aux journaux de chansons. Sa tombe recouverte de mousse est quasiment illisible de nos jours.
– Le fabricant de chaussures Sarkis DER BALIAN (?-1996) : Arménien de Cilicie, il s’installa en France en 1929 et devint progressivement le "chausseur des stars" de son époque. Parmi ses clients figurèrent Mistinguett, Garbo, Dali, Aragon ou encore Paul Belmondo.
– Le sociologue roumain Mattei DOGAN (1920-2010), qui fut chercheur au CNRS et
enseigna en Californie.
– Le ferronnier d’art Auguste DONDELINGER (1876-1940).
– Lucien Ludovic Eugène FAUCOU (1861-1894), qui fut conservateur (1893) de la bibliothèque et des collections historiques de la Ville de Paris.
– Le statuaire et médailleur Paul GAYRARD (Joseph Gayrard : 1809-1855).
– Le peintre Louis-François HÉRISSON (1810-1839). Paysagiste et portraitiste, il fut l’auteur de scènes de genre dans la tradition des peintres romantiques.
– L’amiral Charles JAURÈS (voir le tombeau Félix de Beaujour)
– Le fabuliste saint-simonien Pierre LACHAMBEAUDIE (1806-1872), qui fréquenta
les guinguettes. Directement inspirées de La Fontaine, ces poésies connurent un succès considérable. Il repose sous un buste en bronze de Ferdinand Taluet.
– L’émailleur Louis-Hippolyte-Auguste LEFOURNIER (1802-1859).
– L’artiste Jacqueline MIGNOT (1926-2005).
– Le minéralogiste portugais Antoine MONTEIRO (1769-1834)
– Antonio PACINI (1778-1866) : compositeur, chef d’orchestre et éditeur de
musique italien. Il donna des leçons aux figures notables de son époque (nièces de Joseph Bonaparte, maréchale Bernadotte, princesse Borghèse...) et vulgarisa en France des opéras des compositeurs italiens Rossini, Donizetti, et Bellini.
– L’ingénieur et poète franc-comtois Paul RESENER (1839-1921), dans un monolithe orné d’une plaque en lave émaillée.
– Le romancier et auteur dramatique Frédéric SOULIÉ (1800-1847), qui fut avec
Balzac, Dumas et Sue l’un des quatre grands feuilletonistes de la monarchie de Juillet (force est de constater qu’il est aussi le plus oublié de tous) . Fécond, très populaire à l’époque, il fut l’auteur des grands succès que furent Les Mémoires du Diable et, au théâtre, La Closerie des genêts. A l’époque pourtant, une foule considérable assista à ses obsèques. Victor Hugo prononça un discours à ses obsèques et Alexandre Dumas, pressé par la foule de dire quelque chose, s’effondra en sanglots. Son médaillon en ronde-bosse est d’Auguste Clésinger.
– Emile SOUVESTRE (1806-1854) : avocat, journaliste et écrivain, son œuvre
abondante traite de sujets variés, notamment, sous forme de récits documentaires ou de fiction, de l’ethnographie de la Bretagne. Il a ainsi contribué, sous la Monarchie de Juillet, à la formation d’une image littéraire et politique de cette région. Il était le grand-oncle du journaliste et écrivain Pierre Souvestre (co-auteur de Fantômas). Son buste fut réalisé par Philippe Grass.
– Théophile THORÉ-"BÜRGER" (Théophile Thoré : 1807-1869) : journaliste et
critique d’art, avocat de formation, il fut très engagé politiquement et fonda en 1848 à Paris le quotidien La Vraie République, rapidement interdit par Cavaignac. Il dut s’exiler et revint en France en 1859. Il défendit le réalisme en peinture, mais fut surtout connu pour avoir redécouvert Vermeer, qui était à l’époque presque totalement inconnu. Pendant ses années d’exil, il se lança dans une enquête à la recherche des œuvres de Vermeer, parfois connues mais attribuées à d’autres peintres. Il en reconnut 70, alors que les procédés d’analyse moderne n’avaient authentifié finalement qu’une quarantaine de Vermeer authentiques. Il repose sous un médaillon de David-d’Angers.
Anecdotes et curiosités
Un lieu bien calme où le sang coula naguère
Cette division est l’un des secteurs où les combats furent les plus acharnés les derniers jours de la semaine sanglante qui vit la fin de la Commune de Paris.
Cette gravure représente les derniers combats des Communards. On remarque bien des détails qui permettent de voir que l’artiste avait prit connaissance du lieu : de part et d’autre, la tombe de Nodier (désormais en partie cachée par une chapelle) et le buste de Balzac. On repère bien entre les deux le profil sculpté de la tombe Sarazin. En revanche, il a un peu "triché" avec la tombe Souvestre (dont on reconnaît au premier plan la forme qui n’a rien de classique) : il l’a faite plus petite, pour ne pas occulter les combats du second plan.
Le père du Saint-Esprit repose au Père Lachaise
Un étrange personnage repose dans cette division (son identité est inscrite au dos de la stèle familiale) : François Bonjour (1751-1846). Vicaire (avec son frère Claude) de l’église de Fareins (01), ce janséniste adhéra à la secte des convulsionnaires en y entrainant une bonne partie des paroissiens. Condamnés par les autorités ecclésiastiques, les fareinistes essaimèrent en France, organisés en sociétés secrètes. Il eut avec une de ses disciples (qui auraient eu des visions célestes) une dizaine d’enfants dont l’aîné, Elie, fut considéré par la secte comme le Saint-Esprit ! François Bonjour se fixa à Paris où il organisa une communauté mystique et se rallia avec enthousiasme à la Révolution. Les descendants de cette communauté habitent toujours l’Est parisien ; huit familles se mariant exclusivement entre eux selon un modèle semi sectaire appelé "la Famille".
J’irai dormir sur vos tombes
Comment marchent les légendes ! Qui n’a jamais entendu parler des légendes qui
s’attachent au tombeau de la princesse Demidoff, qui repose dans la 19ème division, et de la supposée "offre" d’une fortune (la somme varie beaucoup selon les "sources" : elle a même été dans les sites les plus récents convertie en euros !) à qui reposerait toutes les nuits un an dans son tombeau ? Cette légende est ancienne : le remarquable article de Marie Beleyme sur ce sujet, avec documents à l’appui, lui tord le cou mais on sait bien que des gogos continueront à y croire, l’abat-jour qui s’est posé sur le pays des Lumières prenant de plus en plus de place. Etant donné que l’on ne prête qu’aux riches, Michel Dansel, dans les années 70 [1], n’hésita pas à associer également à cette légende la tombe Dias-Santos qui se trouve dans cette 48ème division qui fait l’objet de cet article.
A la base de cette association, le tombeau que la duchesse de Duras éleva à sa fille,
Charlotte-Emilie de Dias-Santos, morte à 16 ans. Un obélisque est orné d’un bas-relief représentant l’Ange tutélaire qui enlève du tombeau la jeune fille, encore enveloppée du linceul, pour la transporter au ciel (œuvre de Fessard). Une porte, désormais fermé par des parpaings [2], donnait sur un escalier menant au tombeau.
Bref, depuis ce "rajout de légende" par Dansel, on trouve évidemment de nombreux articles qui, au premier degré, prête à la tombe Dias-Santos les élucubrations de la tombe Demidoff, y ajoutant chacun des détails. Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende !
Divers petits clins-œil
Réalisations artistiques
– La tombe Roussel, fermée hermétiquement, contiendrait un buste en bronze par Jean-Charles Rousseau (à moins qu’il n’ai disparu).
– La tombe Mercier a disparu, et avec-elle le buste en bronze de Michel Louis Victor Mercier.
– Quelques vitraux :
Commentaires
Bonjour,
La « belle tête en marbre  » qui ornait naguère la sépulture Jouhanneau ou Jouhanneaud (et qui effectivement a été retirée ou dérobée) est une copie de la "Madone de Bruges" de Michel-Ange.
S’agissant du "fait-divers sordide de Sceaux", je m’y suis intéressé car il m’arrivait souvent de passer dans cette rue, d’où on ne voyait rien car la villa du massacre était au fin fond d’une longue impasse privée. La mère meurtrière était la fille d’un prestigieux historien polonais, dissident, BronisÅ‚aw Baczko (1924-2016), qui établi depuis des années à Genève, et assommé par le drame, esquissa l’hypothèse improbable d’un forfait des "Services secrets". Il fallut des années pour deviner ce qui était arrivé. On finit par apprendre, via les jeunes condisciples des enfants assassinés par leur mère, et scolarisés au Lycée Lakanal, que la mère était en dépression, bien qu’elle et son mari affichassent une réussite professionnelle remarquable. Et qui dit dépression dit antidépresseurs. Et il avait là un parfait tableau de ce qui arrive plusieurs fois par an : Le dépressif apparemment sous contrôle est pris d’une pulsion fulgurante, tue tout le monde et se suicide, et l’enquête est close, car élucidée ! Et jamais ne seront remis en cause ces traitements qui marginalement secrètent des tragédies. A chaque fois que pareille affaire arrive, observez l’accoutumé et rapide processus d’oubli par rapport à l’ampleur immédiate de l’effroi dans les médias...
Marie Souvestre (1830-1905) semble reposer avec son père Emile, alors que Find a Grave cale sur sa destination finale. Le nom est gravé, mais bon. Les registres du cimetière mentionnent bien son arrivée un mois après sa mort car elle est décédée en Angleterre où elle se distingua comme préceptrice de luxe dans des établissements qu’elle avait ouverts pour les jeunes filles de la haute société. Et elle a tout pour redevenir à la mode car lesbienne affichée elle est de ces héroïnes oubliées que l’air du temps remet au goût du jour. Elle a accueilli dans son établissement une jeune américaine orpheline qui allait devenir Eleanor Roosevelt, laquelle jusqu’à sa mort correspondit avec elle. Elle avait appris le français, et conserva son portrait dans sa chambre jusqu’au bout. Une ancienne élève, la romancière Dorothy Bussy, a fait un livre sur la passion d’une élève pour sa directrice, Olivia, roman adaptée à l’écran par Colette Audry, avec Edwige Feuillère en directrice.
La jeune actrice qui interprétait le rôle d’Olivia vient de mourir à 91 ans le 7 avril 2023. Elle s’appelait Marie-Claire Olivia, était née en 1931 à Genève et n’a joué que dans trois films :
En 1951, Olivia de Jacqueline Audry (Olivia Dealey), l’Auberge rouge de Claude Autant-Lara (Mathilde Martin) et en 1952, La Maison dans la dune de Georges Lampin (Pascaline).
Brigitte Rollet, chercheuse au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines et à Sciences-Po a publié en 2021 "Olivia, une oeuvre de constellation" et une biographie très fournie de Jacqueline Audry, "La femme à la caméra" aux Presses Universitaires de Rennes.