Cinéaste français, fils de l’architecte Edouard Autant (1872-1964) et de l’actrice de la Comédie française Louise Lara (1876-1952), il dénonça dans son œuvre le conformisme bourgeois (le Diable au corps, l’Auberge rouge, la Traversée de Paris). Il s’opposa, souvent violemment, aux cinéastes de la Nouvelle Vague. Anarchiste de droite, il évolua progressivement vers le Front National dont il devint un parlementaire européen, et la fin de sa vie fut ternie par les propos haineux qu’il tint.
Acte de naissance de Claude Autant-Lara - Luzarches.
Dans ce caveau familial sont également inhumées l’assistante de réalisation Ghislaine Autant-Lara (1912-1967) et la monteuse Madeleine Gug (1912-1971), qui participèrent à la plupart de ses films.
Commentaires
Il est bon de rappeler ici qu’entre lui et la Nouvelle Vague il y eut tout d’abord l’article mythique, sinon fondateur de François Truffaut dans les cahiers du cinéma (n°31 de janvier 1954) intitulé « une certaine tendance du cinéma français  ». Outre Autant-Lara, ce sont Delannoy, Clément, Allégret et Pagliero qui sont au centre de la polémique, mais surtout les scénaristes qui ont énormément travaillé avec Autant-Lara, Jean Aurenche et Pierre Bost pour leur conception de l’adaptation. Ce que Truffaut a interrogé, c’est précisément « le fonctionnement  » de leur méthode d’adaptation des œuvres littéraires que les deux scénaristes qualifient dans une formule séduisante, « inventer sans trahir  » (sic).
Nous prendrons comme exemples les films d’Autant Lara pour illustrer ce que Truffaut qualifie « d’infidélité  » et « un goût très marqué pour la profanation et le blasphème  ». Dans « Le blé en herbe  » (1954). Aurenche et Bost avaient créé un personnage qui n’existait pas dans l’œuvre de Colette, une certaine Dick, une lesbienne qui vivait avec la « Dame en blanc  » ! Ce personnage fut finalement retiré quelques semaines avant le tournage du film. Colette et sa fille avaient d’ailleurs trouvé l’adaptation du roman « détestable  » ! Dans « La traversée de Paris  » (1956), l’issue du film se démarque complètement de la nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle Grandgil est tué par Martin, qui incarne l’honneur du prolétariat contre le cynisme d’une bourgeoisie oisive, mais qui se livre aux autorités et termine fusillé. Un grand nombre d’œuvres de la littérature ont ainsi été maltraitées par ces deux scénaristes. Nous pourrions multiplier les exemples.
On peut aussi s’interroger sur ce qui guide le cinéaste dans son choix des acteurs. Pour le « Blé en herbe  », il fait répéter le rôle de Vinca pendant deux semaines, tantôt à Christine Carrère, tantôt à Nicole Berger et ne se décidera qu’au bout de trois semaines mais sur l’insistance de Colette qui s’exclame en la voyant « c’est trait pour trait le personnage  » ! Pourquoi cette hésitation ? Connaissait-il les liens de parenté de Nicole Berger avec le producteur de cinéma, Pierre Braunberger, dont sa société « les Films du Jeudi  » a permis de lancer, à partir des années 1950, les nouveaux talents de la « Nouvelle Vague  » François Truffaut, Jean-Luc Godard, Alain Resnais ? Mais il y a peut-être plus grave. Dans une interview, Pierre Braunberger, a évoqué les drames de la délation sous l’Occupation, et a cité notamment Claude Autant Lara, cinéaste de droite et délateur avéré ! (Interview de Pierre Braunberger à propos de la délation sous l’occupation. Entretien avec André Halimi qui peut être visionnée sur You Tube). Témoignage effroyable.
Il faut voir la « Nouvelle Vague  » avant tout comme un fait cinématographique qui s’inscrit dans un contexte bien particulier, qui convient d’être analysé aussi comme un fait social. Né dans les années 50 dans les bureaux de la revue à la couverture jaune les « Cahiers du cinéma  », le cinéma était encore dominé à cette époque par des réalisateurs certes réputés mais peu favorables à la jeunesse et au renouvellement des cadres.
Antoine de Baecque, historien du cinéma et enseignant à l’ENS souligne qu’il s’agit d’un « moment unique de l’histoire culturelle française  ». On a le droit de ne pas aimer ces films mais la liberté qui se dégage dans ces films a imposé des attitudes, des manières d’être, d’’aimer dans lesquelles s’est reconnu toute une génération de spectateurs, souvent jeunes et qui en avaient peut-être assez du cinéma de papa. Pour les sociologues (Lefebvre, Morin"¦) « la Nouvelle Vague est une communauté de goûts, de gestes, de choix vestimentaires, sentimentaux, intellectuels, musicaux et cinématographiques  ». Certains dialogues sont d’ailleurs tout à fait illustratifs, comme cette jeune femme dans « A bout de souffle  » de Godard, qui vend les Cahiers du Cinéma et qui demande à Michel Poiccard (J.P Belmondo), « vous n’avez rien contre la jeunesse ?  »
Le cinéma devient aussi à ce moment-là un objet épistémologique tel « Chronique d’un été  » conçu par Edgar Morin et Jean Rouch comme le manifeste d’un « cinéma vérité fondé sur l’enquête  ».
Quant au film d’Autant Lara « Le journal d’une femme en blanc  » tiré du roman de Soubiran (médecin écrivain à succès de l’époque), et scénarisé par "¦ Aurenche, Françoise Audé, déclare dans son livre « Ciné-modèles cinéma d’elles  » se méfier « d’œuvres polémiques qui se soumettent aux codes d’un langage et d’un discours dominant  » et ajoute fort justement que « la Nouvelle Vague a été saluée comme un courant d’air frais qui balayait les vieux stéréotypes (la garce, la vierge, la « bobonne  ». Elle souligne être déçue que les deux films ne véhiculent pas une revendication féministe « radicale  ». Toutefois il est bon de saluer ces deux films qui offrent la rareté d’une femme moderne aux prises avec des problèmes surtout professionnels.
Enfin pour ce qui est d’une supposée « amitié durable  » entre François Truffaut et Lucien Rebatet, ce qui est loin de refléter la réalité et d’être tout à fait exact, là aussi il s’agit de la période où Truffaut aimait à provoquer, sabre au clair, dans ses chroniques où même Bazin et Doniol Valcroze avaient parfois du mal à suivre. Plutôt que de parler d’amitié, il conviendrait mieux de rappeler que Truffaut a entretenu avec lui « une correspondance de critique à critique  ». Serge Toubiana et Antoine de Baeque dans leur biographie « Truffaut  » rappellent que Henri Langlois, le père fondateur de la Cinémathèque avait confié quelques mois avant sa mort en 1977 à son amie Lotte Eisner « qu’il n’y a que deux grands critiques de cinéma dans ce siècle, c’est François Vinneuil (nom de plume de Rebatet) et François Truffaut  ». Rappelons aussi que suite à une pétition d’écrivains comprenant Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, adressée au président de la République Vincent Auriol, il est gracié le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort, commuée en peine de travaux forcés à perpétuité. Tout ceci ne peut toutefois nous faire oublier son apologie de la collaboration dans ses écrits et ses articles nauséabonds sur les juifs dans le journal « Je suis partout  ». Il est un peu ce que Céline fût à la littérature, c’est à dire un monument de la littérature mais un antisémite notoire qui est la partie la plus sombre du personnage.
Claude Autant-lara, fils de Louise Lara (1876-1952) sociétaire de la comédie française -la jeune Violaine de "l’annonce faite à Marie", ou "les affaires sont les affaires" est aussi inhumée avec son fils & figure en tête des noms.
Tout proche est Pierre Jean Vaillard qui n’était pas non plus d’extrême gauche.