MARNES-LA-COQUETTE (92) : cimetière

Visité en février 1999

Dans un cadre très forestier, le cimetière de Marnes-la-Coquette actuel résulte du déplacement de l’ancien cimetière, transféré ici en 1934 en bordure du bois de Fausses reposes.
Il a la particularité d’être contigu au cimetière de Ville-d’Avray, au point de pouvoir être confondu avec lui si on n’y prend garde.
De taille très réduite, son cadre et les tombes des quelques célébrités le rendent agréables à visiter malgré son jeune âge. Il est vrai que discrète et peu peuplée, Marnes la Coquette est une commune bourgeoise (elle est la commune la plus riche de France par habitant) : aussi attira-t-elle artistes et notabilités, ce qui explique le nombre disproportionné de célébrités qui y reposent.


Curiosités


 La grille d’ entrée du cimetière semble bien ouvragée : achetée d’occasion, elle date du XVIIIe siècle.


 Un chapelle-blockaus étrange et anonyme, qui laisse deviner à travers ses fenêtres brisées une crypte profonde.


 Notons enfin qu’un grand nombre de tombeaux, parfois imposants, sont totalement anonymes dans ce cimetière : d’autres découvertes pourraient ainsi être faites à l’avenir...


Les célébrités : les incontournables...


 Maurice CHEVALIER
 Danielle DARRIEUX


... mais aussi


 Lilian CONSTANTINI (voir Charles Schneider)

  Famille d’ALLEMAGNE : le plus imposant caveau du cimetière, le monument sépulcral des d’Allemagne, abrite la plus ancienne famille de Marnes la Coquette. Il fut construit en 1930 par l’architecte L. Dupuis en granit. La famille d’Allemagne, présente à Marnes depuis la fin du XVIIIe siècle, donna en 1823 un maire à la commune, Auguste-François, qui était en outre brodeur du roi (on lui doit un manteau de sacre qui a figuré au couronnement de Charles X). Dans ce caveau repose également l’historien Henry-René d’ALLEMAGNE (1863-1950), archiviste et collectionneur, auteur de livres sur l’histoire du jouet, du luminaire, des sports, des cartes à jouer.

 L’illustrateur Pierre BERNOS de GASZTOLD (1913-2004).

 La pilote automobile franco-autrichienne Annie BOUSQUET (Ann Schaffer : 1922-

1956), détentrice de plusieurs victoires depuis 1952, qui se tua sur le circuit de Reims-Gueux. Son décès entraîna l’éviction des pilotes féminines de la plupart des épreuves françaises jusqu’en 1971. Un challenge portant son nom fut créé par la FFSA pour récompenser la championne de France des rallyes. Quelques mois auparavant, son époux Pierre Bousquet, ancien militaire stationné en Autriche et également pilote automobile, était décédé lors d’un accident de la circulation après avoir dérapé sur une plaque de verglas. Ils reposent ensemble.

 Le général d’aviation Antonin BROCARD (1885-1950), qui commanda l’escadrille des Cigognes en 1915 puis en 1916 (groupe de combat) et y recruta entre autres Georges Guynemer.

 Le masseur-kinésithérapeute Michel LE MÉTAYER (1932-2019), qui voua sa vie à la

cause des enfants infirmes moteurs cérébraux (paralysie cérébrale). En 1978, il fonda l’APETREIMC (Association Pour l’Education Thérapeutique et la Réadaptation des Enfants Infirmes Moteurs Cérébraux).

  L’auteur dramatique Jean de LÉTRAZ (1897-1954), qui se spécialisa dans le vaudeville : il fut en particulier l’auteur de Bichon. Il fut également scénariste et dialoguiste des années 30 aux années 50, tandis que de 1942 à sa mort, il était directeur du Théâtre du Palais-Royal. Avec lui repose son épouse, Simone, qui reprit la direction du théâtre de 1954 à 1965.

  Thierry MAULNIER (Jacques Talagrand : 1909-1988) :

ancien élève de l’ENS (où il fut condisciple, entre autres, de Robert Brasillach, Maurice Bardèche et Roger Vailland), il devint journaliste, collaborant à La Revue universelle et à L’Action française. Essayiste pétri d’une vaste culture classique, il participa au mouvement intellectuel des « non-conformistes », incarnant au sein de la Jeune Droite une sensibilité agnostique d’inspiration nietzschéenne. Codirecteur, à partir de 1936, de la revue Combat, il créa en 1937 avec Jean-Pierre Maxence un hebdomadaire engagé, L’Insurgé, où il prétendait défendre des positions à la fois nationalistes et socialistes. Poursuivant sa collaboration à L’Action française dans les années 40, il devint journaliste au Figaro. Il se consacra après la guerre à sa carrière d’écrivain. Critique dramatique, il écrivit plusieurs pièces de théâtre et des essais. Il fut élu à l’Académie française en 1964. Avec lui repose son épouse Marcelle TASSENCOURT (1914-2001) : comédienne de théâtre (elle participa aux distributions de Jean Vilar), elle devint metteur en scène puis, en 1961, directrice du théâtre Montansier à Versailles.

 La comédienne Christiane MINAZZOLI (1931-2014), qui fut engagée dans la

Troupe du Théâtre national populaire (TNP). Elle y resta onze ans, jouant de grands classiques au palais de Chaillot, en Avignon et en tournées internationales. Dès 1963, elle interpréta des pièces d’auteurs contemporains sur de nombreuses scènes parisiennes. Elle se partagea entre le théâtre, la télévision et le cinéma.

  Porfirio RUBIROSA (1909-1965) : diplomate dominicain,

mais surtout dandy oisif, "Rubi" fut le parfait modèle du play-boy de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Passionné par le sport et la musique, il abandonna ses études pour mener la vie de la Jet set. Après la mort de son père, il devint membre de la garde personnelle du dictateur Trujillo dont il épousa la fille. Doté d’un physique avantageux et très séducteur, il collectionna les aventures extraconjugales et fut forcé de divorcer en 1938. Nommé diplomate en Belgique avant de revenir en France, à Vichy avec sa délégation, il épousa l’actrice Danielle Darrieux en 1942. Cinq années plus tard il divorça à nouveau pour épouser Doris Duke, journaliste américaine et… millionnaire, dont il divorça un an après. Il noua des relations avec de très nombreuses femmes : Eva Peron, Ava Gardner, Rita Hayworth, Kim Novak, Dolores del Rio, Veronica Lake ou Zsa Zsa Gabor. Toute sa vie, il s’adonna à ses passions : le polo et les courses automobiles jusqu’à sa mort en 1965 dans un accident automobile au bois de Boulogne.

  Charles SCHNEIDER (1898-1960) : héritier du formidable empire industriel Schneider, il fut le dernier grand maître de forges de la dynastie : il scinda la société Schneider et Cie. en plusieurs petites plus faciles à diriger, et engagea la société dans l’aventure nucléaire. Il participa également à la création du journal L’Express. Inhumé dans le caveau de famille au cimetière Saint-Charles du Creusot, il fut transféré plus tard dans ce tombeau. Il repose avec son épouse, la comédienne Lilian CONSTANTINI (Lilian Chapiro-Volpert : 1902-1982), qui tourna des films muets dans les années 30. Paradoxal mariage : en épousant Lilian Volpert, le grand patron de l’industrie qu’était Charles Schneider épousait la petite fille du socialiste Jules Guesde, le pire ennemi du patronat !

  Pierre SCHWED (1923-2006) : engagé jeune dans la

Résistance, il fut l’un des chefs de l’Armée secrète. Il devint après la guerre un spécialiste reconnu des questions de stratégie, de défense et de géostratégie, qui milita pendant un quart de siècle pour la construction d’une défense européenne, considérant qu’il ne peut pas y avoir d’affirmation possible d’une identité européenne sans la création d’une véritable politique européenne de sécurité et de défense dotée de moyens autonomes.

 L’ingénieur Théophile SEYRIG (1843-1923), qui fut l’associé de Gustave Eiffel,

auteur de plusieurs ponts au Portugal. Il fut l’arrière-grand-père de la comédienne Delphine Seyrig. Il repose dans le tombeau Rachet.

  Marcelle TASSENCOURT (voir Thierry Maulnier)

  Le général WATTEAU (1889-1978), qui appartenait à la Cour suprême qui organisa en 1940 les procès de Riom.

  Albert WILLEMETZ (1887-1964) : son nom n’est pas

forcément très connu, et pourtant la vie culturelle des années 30 lui doit tant ! Il fut un touche-à-tout de génie : ancien secrétaire de Clemenceau, il se lança dans la production musicale et créa plus de 3000 chansons (dont les tubes de Maurice Chevalier : Mon homme, Valentine, Dans la vie faut pas s’en faire, mais également Les palétuviers, Ramona, Félicie aussi... Créateur de l’opérette moderne, on lui doit plus de cent comédies musicales (Phi-Phi, Ta Bouche, Dédé...), autant de revues, d’immortels " lyrics " - il inventa le terme en français - pour le cinéma... Il fut en outre directeur du Théâtre des Bouffes Parisiens pendant 30 ans, et président de la SACEM en 1945. Il repose pas très loin de Maurice Chevalier qui fut l’un de ses plus prestigieux interprète. Sa tombe est ornée d’un profil sculpté de Bartelle.

Post-scriptum

Merci àClaude Schwab pour la photo de la tombe de Jean de Létraz.
Merci àcp pour les photos Minazzoli et Darrieux
Merci àNicolas Badin pour les photos Seyrig, Bousquet, Le Métayer et Gasztold

Commentaires

CP 2/09/2009 à 11:03

Marcelle Tassencourt était Directrice du théâtre Montansier à Versailles (1961-92).

gwengui 1er/08/2012 à 19:49

A noter dans la partie haute du cimetière, presque dans l’axe de l’entrée, la tombe d’Annie Bousquet, femme pilote de course qui trouva la mort aux 12h de Reims en 1956.

Hélène LEGOUT BOMBIGER fille adoptive de Madame FABRE 11/09/2013 à 14:37

Bonjour, Article très intéressant en effet.
Pour ma part j’ai connaissance sans avoir jamais encore visité ce cimetière, que Daniel BRUNET pharmacien et collectionneur d’Art y est inhumé dans un petit jardin avec son épouse récemment décédée.Ce jardin comporte 4 sépultures dont les deux de Monsieur et Madame BRUNET ainsi que le Papa et la Maman de Madame FABRE Elisabeth de GRENOBLE, qui cherche les héritiers de Mr et Madame BRUNET,sans enfant, afin d’obtenir la permission d’entretenir les sépultures de ses parents.
Il existe un Musée des Avelines à Saint Cloud dans la très belle maison de Daniel BRUNET qui rouvre précisément ses portes aujourd’hui 11 septembre après la fermeture estivale.
Merci de nous aider dans nos recherches et de faire figurer dans votre répertoire des personnes célèbres inhumées Marne La Coquette, ce grand industriel pharmaceutique en avance sur son temps et que la Société d’Histoire de la Pharmacie a aussi un peu délaissé.

cp 5/03/2018 à 17:38

Pour Jean de Létraz, table rase...
La vaste sépulture a laissé place à un grand rectangle (Trois rangs) de terre glaise. A noter que l’avis d’expulsion stipule que la dernière inhumation datait de 1954 (De Létraz, quoi), ce qui rend énigmatique le sort de sa veuve...
Par ailleurs on observera que le graveur a oublié de mettre à jour la tombe de Danielle Darrieux, seul son époux Georges Mitsinkidès (1922-1993) est mentionné, à la limite du lisible. Une main secourable a posé un minuscule portrait de l’actrice, autrement vous ne trouverez pas. On remarquera que DD repose avec deux tiers de ses maris ! Solitaire, Porfirio Rubirosa boude dans un angle du cimetière, pas loin...

Claude 6/03/2018 à 21:59

Bonjour, Quelques petites précisions suite à ma visite de ce jour.

J’ai aperçu le graveur au travail sur une pierre tombale, mais toujours rien sur la pierre en granit rose de Danielle DARRIEUX (1917-2017). Un visiteur cherchait justement cette tombe et c’est moi qui lui ai indiqué l’emplacement !

Le nom de Christiane MINAZOLLI (1931-2014) s’écrit en fait : MINAZZOLI

Les inscriptions sur la tombe de Thierry MAULNIER (Jacques TALAGRAND) et Marcelle TASSENCOURT sont devenues quasi illisibles. On devine plus qu’on ne lit. Le théâtre où elle a été directrice se nomme MONTANSIER et non Montpensier , à Versailles.

phil 12/03/2018 à 00:38

Il y a aussi la tombe de marie dubois. Décédée en 2014.
Elle a joué dans des films de truffaut, sautet....
Elle etait la jeune fille dont bourvil tombe amoureux dans la grande vadrouille

cp 22/11/2018 à 00:46

Puisque Dominique Blanchard va sans doute rejoindre François Darbon, la vie artistique de ce dernier est indissociable d’un autre homme de théâtre nommé André Clavé (1916-1981) dont la dense notule Wikipédia le mentionne inhumé dans ce tout petit cimetière. A existé après guerre une Compagnie Clavé-Darbon...

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