Ancienne commune, Montfavet est désormais un quartier périphérique d’Avignon.
Ce n’est pas tant pour son alignement de caveaux familiaux aux allures sévères qu’il s’inscrit dans l’itinéraire du taphophile, mais dans la présence finalement assez symbolique de la sculptrice Camille CLAUDEL (1864-1943).
Ce que le grand public sait d’elle, c’est essentiellement l’interprétation qu’en fit Isabelle Adjani dans le film éponyme de Bruno Nuytten : son talent précoce, sa relation passionnelle et destructrice avec Rodin, dont elle fut l’élève, la muse et l’amante ; ses troubles psychiques qui entraînèrent un internement très abusif, d’abord à Ville-Evrard puis dans l’asile d’aliénés de Montdevergues, à Montfavet, où elle connut les privations de la guerre qui accélérèrent sa fin après trente années d’enfermement et d’abandon familial : celui de sa mère d’abord, qui ne vint jamais la visiter, mais également celui de son frère, l’homme de lettres Paul Claudel. Demeurent ses œuvres, du moins celles qui furent sauvées.
Elle fut inhumée, quelques jours après sa mort au cimetière de Montfavet, dans le carré 10, celui des aliénés, accompagnée du seul personnel de l’hôpital. Ses restes furent ensuite transférés à l’ossuaire. Depuis quelques années, un monument-cénotaphe érigée à l’initiative de l’une de ses arrières-petites nièces, rappelle sa mémoire et sa présence dans le cimetière.
Dans un tout autre domaine, c’est également dans ce cimetière que fut inhumé Victor Ardisson, dit le Vampire de Muy (1872-1944). Malade mental souffrant d’anosmie et d’agueusie, il fut arrêté pour nécrophilie en 1901. Entrepreneur de pompes funèbres et fossoyeur, il viola de nombreux cadavres, surtout des femmes jeunes, qu’il mutila et décapita dans certains cas. Durant un certain temps, il conserva notamment sur sa table de chevet la tête momifiée d’une adolescente de 13 ans, qu’il embrassait régulièrement, la considérant comme « sa fiancée ». Il fut condamné et interné à perpétuité à l’asile de Pierrefeu-du-Var, mais mourut finalement ici. Sa tombe fut reprise est ses restes placés à l’ossuaire.
Dans ce cimetière se trouvent également :
– Le peintre cubiste André BOURDIL (1911-1984), ancien élève d’André Lhote. Il fut également enseignant, journaliste et critique d’Art.
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Le comédien Roger MOLLIEN (1931-2009) : pensionnaire de la Comédie-Française, il a joué notamment aux côtés de Gérard Philipe au sein du Théâtre National Populaire (TNP), sous la régie de Jean Vilar (Hohenzollern dans Le Prince de Hombourg 1952, Pierre Strozzi dans Lorenzaccio 1952, Cœlio dans Les Caprices de Marianne 1958). Il fut également acteur pour le cinéma et la télévision. Ses cendres furent dispersées au jardin du souvenir de ce cimetière.
Commentaires
Honte à la famille de Camille CLAUDEL qui a, par bêtise pure et absence d’empathie la plus élémentaire, laissée mourir cette pauvre femme, abandonnée et, sans doute, totalement désespérée ! Quand on pense à la bigoterie de son frère !....
@Marbaud Jean-Pierre
Quand un carré, voire un cimetière, devient "dormant", c’est à dire qu’on n’y pratique plus aucune inhumation depuis des années, il peut être réaffecté. En cas de manque de place, les municipalités n’hésitent pas hélas, entre la nécessité et le devoir de mémoire.
A noter que pour le cimetière de l’hôpital psychiatrique Navarre à Evreux, une solution a été trouvée. Après des fouilles archéologiques, les ossements vont être réunis dans un puits du Souvenir. Une stèle rappellera le nom des défunts.