YVIERS (16) : jardin de la maison-musée de La Vaure

jeudi 30 décembre 2021
par  Philippe Landru

Hauterives (Drôme) a son Palais du Facteur Cheval et le hameau de La Vaure, à Yviers, a La Bohème du compagnon plâtrier Lucien FAVREAU (1912-1990). Un peu perdus dans la campagne sud-charentaise, la maison et son jardin de sculptures figurent parmi les chefs-d’œuvre de l’art brut. C’est après la mort de son fidèle compagnon Zappy en 1963 que Lucien Favreau s’est lancé dans sa construction de statues en pagaille dans son jardin. Jardin qui, une fois plein de ces créatures de béton et de plâtres, s’est délocalisé de l’autre côté de la rue. Là, un cimetière de statues plus ou moins naïves regarde les rares automobilistes médusés passant aux alentours. Pendant vingt-trois ans, le Charentais a créé un univers digne des plus belles œuvres d’art brut. Ça a commencé par une tombe en la mémoire de son fidèle épagneul et ça aurait dû terminer par un portrait de famille sur la façade de la maison. Mais Lucien Favreau était atteint de la gale du ciment, une maladie des maçons.

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le facteur Cheval...

À coups de truelle et de spatule, mais pas de pinceau, Lucien Favreau a rendu hommage à tout ce qu’il aimait ou détestait, à tous ceux qu’il admirait ou méprisait. Se côtoient Mireille Mathieu, Georges Brassens, le Général de Gaulle, sa petite-fille ou encore le cantonnier du village. Une main géante en béton avec un cœur à l’intérieur salue Coluche. La même année, 1986, Lucien Favreau rendait hommage à Dominique Rocheteau et à ses coéquipiers en pavant une des allées de son jardin « Hallée les verts ». Devant la maison, une vieille tante acariâtre a droit à sa statue tout comme un esclave fraîchement défait de ses chaînes.

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... Brassens...
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... De Gaulle.

Lucien Favreau a aussi créé des statues plus farfelues comme cette chèvre bottée ou une vache qui rit encerclée des trois points maçonniques. Piscou se charge d’accueillir à bras ouverts le visiteur. Charlot rappelle le passé de compagnon de Lucien Favreau qui allait de chemin en chemin. Dans le jardin, au-dessus de la fenêtre de sa chambre, Lucien Favreau a voulu rendre hommage au facteur Cheval : « Mon ami, mon chien, mon maître Cheval » et a peint le portrait de l’artiste drômois. Sur toute la façade, des peintures directement teintées dans la masse qui une fois mouillée avec le tuyau d’arrosage de Léon révèlent de surprenantes couleurs vives refusant les usages du temps. Difficile d’en savoir beaucoup sur la vie et les convictions de Lucien Favreau. Ses évocations de la guerre sont évidentes. La peinture dans la chambre représentant Mireille Mathieu écrasant de son pied Hitler ou la fresque rendant hommage aux victimes de Treblinka en sont autant de témoignages. Sur la façade un explicite « faites l’amour, pas la guerre », ou encore, son père tombé en Lorraine pendant la Grande Guerre allongé sur une tombe gravée « Verdun ». Le clou de la visite est probablement « La Vache qui pisse ».

La visite de La Bohème ne serait rien sans la visite de la maison. De nombreuses peintures plus ou moins gaies habillent les murs. Les portraits de Luis Mariano ou Goya côtoient ceux de Hitler en chat ou de la Joconde portant Zappy dans ses bras. La chambre de Lucien Favreau vaut largement le détour. Le visiteur en reste souvent interloqué. Une pieuvre géante a l’œil sur ce qu’il se passe dans le lit. Sa paire d’yeux était d’ailleurs accessible du grenier. Elle a été bouchée depuis.

Sa tombe, réalisée par lui-même, représente son buste entouré des trois muses de la sculpture, de l’architecture et de la peinture.


Source
Merci à Nicolas Badin pour les photos.


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