MOISSAC (82) : cimetière

visité en août 2021
mardi 7 décembre 2021
par  Philippe Landru


Lorsqu’on évoque Moissac, on pense évidemment davantage à sa fabuleuse abbaye Saint-Pierre, au centre de la commune, qu’à son cimetière, exilé à la périphérie. Ce dernier à des airs fatigués, malgré la présence de la pierre blonde typique du Sud-Ouest français : un peu de statuaire -pas toujours dans le meilleur état -, quelques belles chapelles désormais défraichies, et évidemment des tombes de notables locaux dont la renommée dépasse rarement les limites communales. Nous y trouverons malgré tout quelques éléments à notre appétit taphophilique.

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Un étonnant gros poisson rouge !

Dans la soirée du 3 au 4 mars 1930, une crue centennale du Tarn toucha plusieurs départements du Sud-Ouest de la France et enseveli Moissac : 120 morts, 644 blessés, 1 400 maisons rasées et 5 896 sans-abri en une nuit - soit 80 % de la population moissagaise de l’époque qui se retrouva sans toit -,fut l’implacable bilan de la catastrophe. Ces événements catastrophiques donnèrent lieu le 9 mars 1930 à une journée de deuil national — pour la première fois en France au XXe siècle ! Ca-et-là dans le cimetière, des tombes de victimes rappellent l’événement.

Dominique Claverie, décédé en 1892, était horloger. Il légua à Moissac, entre autres, une rente destinée à couronner une rosière tous les ans, pour les fêtes de Pentecôte et une rue à son nom. Et il en avait fixé tous les détails : « La jeune fille, toute de blanc vêtue, recevra (...) une couronne composée des trois fleurs les plus répandues dans les champs, la violette, symbole de la vertu simple et solitaire ; la rose blanche des haïes, symbole de l’innocence ; le bleuet, symbole de la fidélité et de l’espérance. » La première cérémonie eut lieu en 1899. Elle se perpétue toujours.

Y reposent :

- Le chanteur kabyle Slimane AZEM (1918-1983), très important dans cette communauté qui voit en lui un poète de l’exil, de la révolte et de l’insoumission. Une place du XIVe arrondissement de Paris porte son nom.

- L’ingénieur Marius BARBAROU (1876-1956), qui présenta à l’Exposition Universelle de Paris en 1900 sa première réalisation, un moteur deux cylindres en V à valves internes et externes. Il fut pilote automobile et remporta plusieurs prix.

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Marius Barbarou sur Clément-Bayard au Circuit des Ardennes (1902)

- Le général de corps d’armée des troupes coloniales Emile Jacques Gabriel CARLES (1881-1943).

-  Le tombeau de la famille circassienne CASSULI, dont l’ancêtre, l’écuyer Joseph Cassuli, avait créé, au milieu du XIXe siècle le grand cirque corse. Ce cirque, qui se produisit dans les provinces françaises, en particulier dans le sud de la France, ferma ses portes en 1937 après près d’un siècle d’itinérance (il était à Moissac lors de la grande crue de 1930 et subit des pertes et de gros dégâts). Comme c’est souvent le cas dans les familles circassiennes, les Cassuli et les Gruss s’unirent puisqu’on trouve dans le tombeau de l’écuyer Philippe GRUSS (1935-1996), fils d’Alexis, et Jacky GRUSS (1955-2018), ancien écuyer devenu Monsieur Loyal.

-  Le poète-rentier Camille DELTHIL (1834-1902), qui fut maire de Moissac à la fin du XIXe siècle, il fut un éphémère sénateur du département en 1902. Avec lui repose son fils, Roger DELTHIL (1869-1951), maire de Moissac à la Libération, député (1924-1927) puis sénateur (1927-1944, puis 1948-1951) du Tarn-et-Garonne.

- Le baron d’Empire Jean-Pierre DETOURS (1762-1856), qui fut maire de la commune.

- Le rentier Adrien LAGRÈZE-FOSSAT (1814-1874), qui consacra sa vie à la botanique et qui fut l’auteur d’études dans ce domaine et dans le domaine historique sur le Tarn-et-Garonne.

- Le poète Raymond de la TAILHÈDE (Raymond Gagnabé de La Tailhède : 1867- 1938), qui fonda avec Maurice Barrès et Charles Le Goffic la revue littéraire Les Chroniques. Passionné de mythologie grecque et de littérature ancienne, il fut l’un des fondateurs, avec Charles Maurras de l’école romane animée par le poète Jean Moréas.

- Le spéléologue et préhistorien Armand VIRÉ (1869-1951). Avec Edouard Martel, en 1895, il explora le gouffre de Padirac. En 1905, il découvrit les grottes de Lacave dont il fut propriétaire jusqu’en 1947. Père fondateur, deux fois président (1912 et 1920) de la Société préhistorique française, il fut un défricheur du tourisme dans le Lot. Curieux de radiesthésie afin de mieux connaître le monde souterrain des reliefs caussenards, intéressé par la psychologie expérimentale, il accumula les clichés qui figurent dans l’abondante documentation qu’il laissa derrière lui. Plus de 200 publications concernant entre autres le Lot, la Seine-et-Marne, les Cévennes, le Jura, les Pyrénées.



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