la BOISSIÈRE-ÉCOLE (78) : cimetière

dimanche 6 janvier 2019
par  Philippe Landru

Cimetière non visité de manière exhaustive

Le cimetière de la Boissière-Ecole est dominé par un mausolée imposant : il s’agit de la chapelle funéraire de la famille Hériot. On y découvre, dans le vestibule, un groupe sculpté en marbre de Félix Soulès représentant un petit enfant (Jean Hériot, mort à deux ans) soutenu par un ange. Un escalier descend à la chapelle funéraire où se trouvent les tombeaux. Derrière l’autel, une grotte à éclairage zénithal abrite une femme assise entourée d’enfants ou d’angelots. Le monument a été classé au titre des monuments historiques.

Le commandant Hériot était un militaire : il hérita en 1879 de son frère Charles-Auguste d’une fortune bâtie sur les Grands Magasins du Louvre [1]. Il prit alors sa retraite d’officier de l’armée de terre pour s’occuper des Magasins. La même année, il acheta le château de La Boissière, qu’il agrandit et réaménagea. En 1886, il fonda dans le parc du château un orphelinat militaire, pour accueillir les enfants de troupe âgés de 5 à 13 ans. Cette institution, qui existe toujours, a donné son nom au village : La Boissière-Ecole. Il fit construire également la mairie et l’école communale. Militaire, commerçant et philanthrope, il fut un parfait symbole de la grande bourgeoisie du XIXe siècle. En 1899, il se fit bâtir par l’architecte C. Lemaire ce tombeau, dans lequel il fut inhumé la même année, ainsi que son fils Jean, mort en 1895 à l’âge de 2 ans.

Il s’agit d’un monument en croix grecque d’inspiration vaguement néobyzantine, surmonté d’un lanterneau au toit à quatre pans. La chapelle funéraire, à trois nefs, se trouve au sous-sol ; on y accède par un escalier droit à deux volées séparées par un demi-étage, logé dans le bras occidental de la croix. Elle contient dix sarcophages massifs, dont six seulement sont actuellement occupés. Ce mausolée, qu’on a pu à juste titre qualifier de « pharaonique », transmet avec précision l’image que le commandant Hériot souhaitait laisser à la postérité. Un aspect de sa vie y est totalement gommé : il n’est que militaire et philanthrope. Bien qu’à la source de son pouvoir, sa richesse matérielle, basée de plus sur une entreprise commerciale de type capitaliste avancé, fut passée sous silence au profit de valeurs plus traditionnelles. Sont clairement exprimés par contre les autres aspects de la vie du commandant. Sa position sociale dominante se manifeste avec éclat par la situation du monument, au centre du cimetière, et surtout en son point culminant. Se trouve ainsi reproduite une topographie de type médiéval, où le château seigneurial dominait le village ; mais celui de La Boissière est en bas, dans la vallée, surplombé au contraire par l’église et le village ; avec le mausolée, revanche est prise sur le peuple des morts. Le choix du plan centré même, au lieu de la chapelle gothique pourtant plus à la mode, accentue cette idée de couronnement d’un sommet, d’une vie, d’une famille... Les attributs militaires sont discrètement présents : des boucliers ronds sont sculptés dans les angles supérieurs des façades latérales ; c’est un archange militaire qui accueille avec saint Jean le petit Jean Hériot au Paradis, dans le groupe de marbre sculpté qui lui sert de monument funéraire, au rez-de-chaussée. Enfin, sur la porte d’entrée, l’initiale d’Hériot est entourée de la couronne de lauriers à l’antique, signe de victoire.

Son orphelinat devait être une œuvre chère à Olympe Hériot : en tout cas la figure archétypale de la Mère allaitant, protégeant ou pleurant ses enfants est omniprésente. Même le christianisme est convoqué pour cette symbolique, puisque c’est une Pietà qui trône au sommet de la façade principale. Elle est encadrée de deux autres sculptures au fronton du mausolée : à droite, une femme allaite un enfant nu ; un autre est dans ses jupes. Il s’agit sans doute d’une Vierge à l’Enfant, flanquée du petit Saint Jean-Baptiste (allusion à Jean Hériot ?), sur le modèle de certaines représentations de la Renaissance italienne. Celle de gauche par contre est profane : une femme embrassée par un enfant nu doit symboliser l’accueil de l’orphelin. A l’arrière du monument, une jeune femme agenouillée en prière a pour pendant une vieille femme assise appuyée sur un bâton : les âges extrêmes de la vie, la femme priant pour avoir un enfant (ou même une Vierge de l’Annonciation), et celle qui les a élevés (Ces cinq sculptures sont dues à Alfred Boucher). Cette glorification de l’orphelinat culmine dans la chapelle funéraire du sous-sol : derrière l’autel, dans une abside s’ouvrant par une baie en plein cintre, une vaste composition sculptée, mise en valeur par un éclairage zénithal, reprend ce thème de la Mère accueillant des enfants. Une femme assise sur un immense trône domine un invraisemblable fouillis d’anges, d’angelots et d’enfants. Les angelots tapissent les parois de cette sorte de grotte, et leurs regards convergent vers elle ; à ses pieds se prosterne un ange. Elle tend les mains et prépare les plis de son manteau pour deux orphelins en haillons dont l’un s’agrippe encore au bâton de l’enfant errant.

A part un calice sur la porte du tabernacle, le seul autre symbole chrétien est celui de la croix : dans la frise couronnant le monument, au sommet du toit, en motif ajouré aux rampes de l’escalier qui conduit à la chapelle souterraine, sur le pavement devant l’autel ou sommant le tabernacle. Les autres éléments du programme iconographique concernent essentiellement les thèmes du temps et du sommeil. Des pavots, fleurs du sommeil, ornent la corbeille des chapiteaux de la chapelle funéraire ; des appliques en bronze servant de porte-flambeau reprennent le même décor, d’une manière très « Art nouveau ». Au rez-de-chaussée, le pavot est encore présent comme fleur d’abaque sur les chapiteaux corinthiens des colonnes engagées. A ce motif « fin de siècle » s’oppose celui du sablier ailé, apparu au contraire dès les années 1820, et qui symbolise la fuite du temps. Enfin, sculptés aux écoinçons de la façade principale, deux médaillons représentent le silence éternel (à gauche) et la douleur (à droite)

La sculpture figurative est académique, on peut même dire « pompier » ; elle puise ses racines dans une imitation de Michel-Ange. De meilleure qualité est le monument de Jean Hériot, dû à Félix Soulès. Le petit Jean, couché sur un catafalque, est accueilli au Paradis par un archange (sans doute saint Michel) aux ailes déployées, en armure médiévale, l’épée plantée en terre et le bouclier retourné à ses pieds, image inversée du gardien vigilant qui repousse les démons. Au chevet de l’enfant est agenouillé saint Jean, comme un jeune page, revêtu d’un long manteau ; sur la bordure de celui-ci, son nom est rédigé en latin et en caractères du XVème siècle. Le groupe repose sur un socle mouluré, et devant les personnages est répandu un tapis de roses, symbole d’immortalité. L’ensemble est de facture italianisante, exécuté d’ailleurs dans un marbre blanc de Luini.

Dans ce cimetière repose également le comédien Michel ANDRÉ (1912-1987). Fils du comédien Marcel André, il suivit les cours d’art dramatique de Louis Jouvet. Il fut l’auteur et l’adaptateur de plusieurs pièces de théâtre dont La Bonne Planque (1962) qui, diffusée pour « boucher le trou » de la programmation d’un soir de grève 1964 à la télévision française, fut à l’origine de la création de la série télévisée à succès Au théâtre ce soir. Il tourna également pour la télévision et le cinéma et fut la voix française de plusieurs acteurs américains, dont celle de Gene Kelly.


Source :
- DUFAY Bruno « Le mausolée de la famille Hériot à La Boissière-Ecole Un message social, spirituel et esthétique » in Connaître les Yvelines, décembre 1991)
- Wikipédia

Merci à Jacky Allard pour les photos.


[1C’est Olympe qui fit bâtir pour son frère le tombeau monumental que l’on trouve au cimetière d’Essoyes.


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