AUTANT-LARA Claude (1903-2000)

Montmartre - 26ème division
mercredi 13 février 2008
par  Philippe Landru

Cinéaste français, fils de l’architecte Edouard Autant (1872-1964) et de l’actrice de la Comédie française Louise Lara (1876-1952), il dénonça dans son œuvre le conformisme bourgeois (le Diable au corps, l’Auberge rouge, la Traversée de Paris). Il s’opposa, souvent violemment, aux cinéastes de la Nouvelle Vague. Anarchiste de droite, il évolua progressivement vers le Front National dont il devint un parlementaire européen, et la fin de sa vie fut ternie par les propos haineux qu’il tint.

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Acte de naissance de Claude Autant-Lara - Luzarches.

Dans ce caveau familial sont également inhumées l’assistante de réalisation Ghislaine Autant-Lara (1912-1967) et la monteuse Madeleine Gug (1912-1971), qui participèrent à la plupart de ses films.


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Commentaires

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La Nouvelle Vague, un courant d’air frais
samedi 16 mai 2020 à 10h25 - par  Christophe

Il faut voir la « Nouvelle Vague » avant tout comme un fait cinématographique qui s’inscrit dans un contexte bien particulier, qui convient d’être analysé aussi comme un fait social. Né dans les années 50 dans les bureaux de la revue à la couverture jaune les « Cahiers du cinéma », le cinéma était encore dominé à cette époque par des réalisateurs certes réputés mais peu favorables à la jeunesse et au renouvellement des cadres.

Antoine de Baecque, historien du cinéma et enseignant à l’ENS souligne qu’il s’agit d’un « moment unique de l’histoire culturelle française ». On a le droit de ne pas aimer ces films mais la liberté qui se dégage dans ces films a imposé des attitudes, des manières d’être, d’’aimer dans lesquelles s’est reconnu toute une génération de spectateurs, souvent jeunes et qui en avaient peut-être assez du cinéma de papa. Pour les sociologues (Lefebvre, Morin…) « la Nouvelle Vague est une communauté de goûts, de gestes, de choix vestimentaires, sentimentaux, intellectuels, musicaux et cinématographiques ». Certains dialogues sont d’ailleurs tout à fait illustratifs, comme cette jeune femme dans « A bout de souffle » de Godard, qui vend les Cahiers du Cinéma et qui demande à Michel Poiccard (J.P Belmondo), « vous n’avez rien contre la jeunesse ? »
Le cinéma devient aussi à ce moment-là un objet épistémologique tel « Chronique d’un été » conçu par Edgar Morin et Jean Rouch comme le manifeste d’un « cinéma vérité fondé sur l’enquête ».

Quant au film d’Autant Lara « Le journal d’une femme en blanc » tiré du roman de Soubiran (médecin écrivain à succès de l’époque), et scénarisé par … Aurenche, Françoise Audé, déclare dans son livre « Ciné-modèles cinéma d’elles » se méfier « d’œuvres polémiques qui se soumettent aux codes d’un langage et d’un discours dominant » et ajoute fort justement que « la Nouvelle Vague a été saluée comme un courant d’air frais qui balayait les vieux stéréotypes (la garce, la vierge, la « bobonne ». Elle souligne être déçue que les deux films ne véhiculent pas une revendication féministe « radicale ». Toutefois il est bon de saluer ces deux films qui offrent la rareté d’une femme moderne aux prises avec des problèmes surtout professionnels.

Enfin pour ce qui est d’une supposée « amitié durable » entre François Truffaut et Lucien Rebatet, ce qui est loin de refléter la réalité et d’être tout à fait exact, là aussi il s’agit de la période où Truffaut aimait à provoquer, sabre au clair, dans ses chroniques où même Bazin et Doniol Valcroze avaient parfois du mal à suivre. Plutôt que de parler d’amitié, il conviendrait mieux de rappeler que Truffaut a entretenu avec lui « une correspondance de critique à critique ». Serge Toubiana et Antoine de Baeque dans leur biographie « Truffaut » rappellent que Henri Langlois, le père fondateur de la Cinémathèque avait confié quelques mois avant sa mort en 1977 à son amie Lotte Eisner « qu’il n’y a que deux grands critiques de cinéma dans ce siècle, c’est François Vinneuil (nom de plume de Rebatet) et François Truffaut ». Rappelons aussi que suite à une pétition d’écrivains comprenant Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, adressée au président de la République Vincent Auriol, il est gracié le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort, commuée en peine de travaux forcés à perpétuité. Tout ceci ne peut toutefois nous faire oublier son apologie de la collaboration dans ses écrits et ses articles nauséabonds sur les juifs dans le journal « Je suis partout ». Il est un peu ce que Céline fût à la littérature, c’est à dire un monument de la littérature mais un antisémite notoire qui est la partie la plus sombre du personnage.

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samedi 16 mai 2020 à 18h34 - par  cp

La Nouvelle Vague est devenue une avant-garde institutionalisée qui persiste à faire croire qu’elle est rebelle alors qu’elle règne partout en maître dans tous les organismes étatiques, de la Cinémathèque à Normale Sup, dans les médias, dans les universités, où l’on « apprend » le cinéma selon les évangiles de saint François, saint Jean-Luc, ou saint Jacques (Rivette) , comme si tout autre discours tenait du sacrilège. En plus, on traque partout une « bête immonde » que l’on cache quand elle se trouve dans ses propres rangs. Autant-Lara, et son œuvre, est aujourd’hui détesté pour son tour de piste avec Le Pen, mais c’est dans « A Bout de Souffle » que Melville joue un nommé Parvulesco, authentique chef de l’OAS Espagne, et il apparaît « pour de vrai » dans un film de Rohmer, « L’Arbre, le Maire et la Médiathèque », où il soliloque sur la vanité de la démocratie, avec François-Marie Bannier. Les idées politiques de Godard étaient prises pour sérieuses alors qu’il ne s’agissait que de postures, d’un dandysme, oscillant de l’extrême droite à l’extrême gauche, mais on occulte la partie droitière de ce petit monde. Ils avaient le droit d’être réactionnaires, un temps, ou toujours comme Rohmer, mais alors il faut être cohérent et le dénoncer partout pour tout le monde, ou être pareillement indulgent. Quand Toubiana et De Baecque font une biographie, ils sont en adoration, et trouvent toutes les excuses à leur idole.

Truffaut était un petit bourgeois déclassé qui a fini par vivre, solitaire, comme un grand bourgeois, avec cuisinière à demeure, et avec des préoccupations sociales assez limitées, c’était son droit, mais ça limitait son cinéma. Faire de lui le grand théoricien indépassable du cinéma est excessif. Il est en France pris pour un mentor alors qu’il était inapte à « penser le monde ». Ses admirateurs savent-ils que son personnage politique préféré était Margaret Thatcher ? C’était encore son droit. Son ami Jean Gruault en était effaré. Taper sur Autant-Lara tout le temps en oubliant les fixettes bizarres de certains est malhonnête.

On peut aimer tous les genres, et ne pas respecter bêtement des oukases qui, sur pièces, les films, se révèlent ineptes, et beaucoup de films flingués par les dinamiteros d’alors sont parfaitement regardables, voire des chefs d’œuvres ; je n’en dirais pas tant de certains pensums de Rivette ou Godard, tant célébrés à leur sortie, et que plus personne ne regarde. La « Nouvelle Vague », ça se limite aux comestibles comédies autour d’Antoine Doinel, pour la plupart des « gens », et ils se disent adeptes de cette école ! Mais qu’ils aillent voir d’autres films, moins festifs, pseudo-théoriques, ils n’y reviendront plus...

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Claude AUTANT-LARA, une certaine conception du cinéma français !
mardi 12 mai 2020 à 17h47 - par  Christophe

Il est bon de rappeler ici qu’entre lui et la Nouvelle Vague il y eut tout d’abord l’article mythique, sinon fondateur de François Truffaut dans les cahiers du cinéma (n°31 de janvier 1954) intitulé « une certaine tendance du cinéma français ». Outre Autant-Lara, ce sont Delannoy, Clément, Allégret et Pagliero qui sont au centre de la polémique, mais surtout les scénaristes qui ont énormément travaillé avec Autant-Lara, Jean Aurenche et Pierre Bost pour leur conception de l’adaptation. Ce que Truffaut a interrogé, c’est précisément « le fonctionnement » de leur méthode d’adaptation des œuvres littéraires que les deux scénaristes qualifient dans une formule séduisante, « inventer sans trahir » (sic).
Nous prendrons comme exemples les films d’Autant Lara pour illustrer ce que Truffaut qualifie « d’infidélité » et « un goût très marqué pour la profanation et le blasphème ». Dans « Le blé en herbe » (1954). Aurenche et Bost avaient créé un personnage qui n’existait pas dans l’œuvre de Colette, une certaine Dick, une lesbienne qui vivait avec la « Dame en blanc » ! Ce personnage fut finalement retiré quelques semaines avant le tournage du film. Colette et sa fille avaient d’ailleurs trouvé l’adaptation du roman « détestable » ! Dans « La traversée de Paris » (1956), l’issue du film se démarque complètement de la nouvelle de Marcel Aymé dans laquelle Grandgil est tué par Martin, qui incarne l’honneur du prolétariat contre le cynisme d’une bourgeoisie oisive, mais qui se livre aux autorités et termine fusillé. Un grand nombre d’œuvres de la littérature ont ainsi été maltraitées par ces deux scénaristes. Nous pourrions multiplier les exemples.
On peut aussi s’interroger sur ce qui guide le cinéaste dans son choix des acteurs. Pour le « Blé en herbe », il fait répéter le rôle de Vinca pendant deux semaines, tantôt à Christine Carrère, tantôt à Nicole Berger et ne se décidera qu’au bout de trois semaines mais sur l’insistance de Colette qui s’exclame en la voyant « c’est trait pour trait le personnage » ! Pourquoi cette hésitation ? Connaissait-il les liens de parenté de Nicole Berger avec le producteur de cinéma, Pierre Braunberger, dont sa société « les Films du Jeudi » a permis de lancer, à partir des années 1950, les nouveaux talents de la « Nouvelle Vague » François Truffaut, Jean-Luc Godard, Alain Resnais ? Mais il y a peut-être plus grave. Dans une interview, Pierre Braunberger, a évoqué les drames de la délation sous l’Occupation, et a cité notamment Claude Autant Lara, cinéaste de droite et délateur avéré ! (Interview de Pierre Braunberger à propos de la délation sous l’occupation. Entretien avec André Halimi qui peut être visionnée sur You Tube). Témoignage effroyable.

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mercredi 13 mai 2020 à 17h32 - par  cp

Et l’amitié durable de François Truffaut avec Rebatet, après guerre, elle n’était pas « effroyable » ?... Le vieil Autant-Lara s’est coltiné dans ses films des problèmes de son temps alors que les hérauts de la Nouvelle Vague ne savaient faire que les films parlant d’eux-mêmes, où des filles hésitent entre deux garçons, dans une ambiance débarrassée de toute contrainte matérielle, dans « Le Journal d’une Femme en Blanc », Autant-Lara parle de l’horreur de l’avortement. Ce qui est drôle est que la Nouvelle Vague idolâtre Hitchcock… Qui pourtant n’a jamais écrit une seule ligne d’un scénario, tout en méprisant Visconti pour la même raison ! Tous deux faisant travailler des armées de scénaristes. Pour ça qu’il n’y a pas plus beau film « prolétarien » que « Rocco et ses Frères », et aucun film maoïste de l’auteur Godard dans ce genre là n’atteint ces hauteurs. Ignorant la réalité du monde ouvrier, Visconti fît travailler des gens qui le connaissaient. A l’arrivée, un chef d’œuvre, dérogeant complètement aux dogmes de l’« Auteurisme »...

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mercredi 13 mai 2020 à 10h14 - par  Christophe

On pourra aussi lire avec profit l’article paru dans Libération en 2000 de Didier Peron qui revient sur la carrière sulfureuse d’Autant Lara.(https://next.liberation.fr/culture/2000/02/07/autant-en-emporte-laramort-d-un-cineaste-populaire-repute-anar-finalement-fn_316429).

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mercredi 13 mai 2020 à 07h54 - par  Christophe

L’interview de Pierre Braunberger à propos de la délation sous l’occupation avec André Halimi peut être visionnée sur ina.fr et non sur you tube comme indiqué par erreur.

Un éclairage édifiant sur le monde du cinéma français et des artistes du Music hall sous l’occupation. La délation avait pour objectif de se débarrasser d’un concurrent gênant, explique Braunberger. Sur ce thème on pourra se reporter à l’ouvrage d’André Halimi, intitulé « Chantons sous l’occupation » aux éditions l’Harmattan.Un ouvrage fort bien documenté, surprenant et accablant !

A sa lecture on se demande pourquoi les mêmes noms reviennent toujours sur cette période peu glorieuse, ainsi la Grande actrice Mireille Balin n’a plus jamais travaillé, alors qu’elle avait été blanchie en 1945 par le comité d’épuration en l’absence de faits de collaboration avérés qui n’ont pu être retenus contre elle. Certains et certaines ont eu besoin de faire oublier des faits peu glorieux et notamment leurs visites régulières dans les locaux du 93 de la rue Lauriston, siège de la Gestapo française !