GRANVILLE (50) : cimetière Notre-Dame

visité en janvier 2013
mercredi 16 janvier 2013
par  Philippe Landru

C’est en 1815 que fut créé le premier cimetière de Granville non paroissial, le cimetière Notre-Dame, face à la mer, dans un site admirable à la limite des communes de Granville et de Donville. Il fut agrandi en 1845 puis en 1853. La taille du cimetière n’a pas changé depuis.

De partout la mer y apparaît à l’horizon : c’est de fait l’un des plus beaux cimetières marins de Normandie. La vue est également belle sur l’anse sur laquelle est installé le casino. Au large, par beau temps (ce qui n’était pas le cas sticto censu lors de ma visite), elle porte jusqu’à Chausey.

Une association patrimoniale de la commune est en train de répertorier exhaustivement les tombeaux du cimetière : leur site est en lien à la fin de cet article.

Pour l’anecdote, une des scènes du film d’Yves Robert Nous irons tous au paradis a été tourné en ce lieu cinégénique.


Curiosités


- La principale curiosité du cimetière de Granville est la forte vocation maritime inscrite sur les tombeaux : mausolées impressionnants ou pierres tombales discrètes des familles d’armateurs, de capitaines, de corsaires : les Malicorne, François Ponée (qui termina préfet maritime de Cherbourg), Jacques Le Campion et François Theroulde qui fondèrent l’ancêtre de la compagnie générale des Transatlantiques... Peu connus en dehors de la ville, ils dessinent la société ancienne de ce port important par le passé.

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Quelques tombeaux d’armateurs : Le Campion, les Malicorne...

- La taphophilie offre parfois des détours étonnants qui ne me lassent pas. En voici un exemple éclairant : le Pluviôse, sous-marin français, coula le 26 mai 1910 au large du port de Calais, percuté par le paquebot le Pas-de-Calais, faisant vingt-sept victimes. Parmi celles-ci, j’avais retrouvé le second maître mécanicien Jean-Joseph Moulin au cimetière de Saint-Maurice (94), puis ce fut le tour du second maître mécanicien Jean-Louis Moren, cette fois-ci au cimetière du Faoüet (56). Je continue mon tour de France et mon recensement des victimes avec cette fois le premier maïtre torpilleur Jules Fontaine !

- Quelques oeuvres d’art, pas toutes de grande facture !


Célébrités : les incontournables...


Pas de grande célébrité à Granville.


... mais aussi


- Edgard ALLIX (1874-1938) : professeur à la Faculté de droit de Paris, président de l’Institut international des finances publiques, il fut élu en 1936 membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

- Richard ANACRÉON (1907-1992) : libraire et collectionneur d’art (il tint à Paris une librairie érotique homophile), il fréquenta les artistes de son temps, dont Colette et Cocteau. Il fit don de ses collections à sa ville natale, qui les expose dans le musée portant son nom.

- Georges AUBERT (1838-1899) : petit-fils du général Junot d’Abrantès , ce capitaine d’infanterie de marine fit partie des « marsouins » de la division de Vassoigne qui, le 1er septembre 1870, défendirent la petite cité de Bazeilles jusqu’à l’épuisement de leurs dernières cartouches, en défendant la maison Bourgerie. Ce fait, qui aurait pu n’être qu’un trait anecdotique de la guerre franco-prussienne, devint mythique grâce au tableau qu’en fit Alphonse de Neuville (Les dernières cartouches).

Hélas, la postérité fut injuste avec Aubert : le Commandant Lambert, légèrement blessé au talon, n’avait joué qu’un rôle secondaire dans la bataille, mais il connaissait le peintre Alphonse de Neuville et l’avait conduit sur le site. L’énorme succès obtenu au salon de 1873 par le tableau fit de Lambert le personnage central de l’oeuvre, le héros de ce fait d’armes aux yeux de la France entière. Aubert fut en revanche oublié. Une petite page du net très intéressante corrige les invraisemblances du tableau et redonne à Aubert sa vraie place. C’est parce qu’il vint passer ses dernières années à Donville, chez son frère, qu’il fut inhumé dans ce cimetière. Il repose à la place d’honneur dans le carré militaire.

- Le peintre de marines Pierre BRETTE (1905-1961). Aquarelliste. Il a peint et dessiné les paysages de ces régions : marines, ports, bateaux, scènes de pêches, chemins creux, dunes, landes, paysages...

- Paul Edouard HENEUX (1844-1909) : architecte installé à Paris, il n’en dédaigna pas sa Manche natale. Parmi ses oeuvres, mentionnons l’Eglise St Paul à Granville, les Mairie de la Ferté-sous-Jouarre (77) et des Lilas (93), ou encore l’Hôpital Bretonneau à Montmartre.

- Le peintre et dessinateur Maurice ORANGE (1867-1916), ancien élève de Gérôme, qui puisa dans l’histoire, et en particulier dans l’Épopée napoléonienne, l’essentiel de l’inspiration de ses toiles.

- Le peintre-graveur et aquafortiste Edmond-Marie POULLAIN (1878- 1951), qui fréquenta les grandes figures de son temps, en particulier à Montmartre. Il exposa au Salon des Indépendants en 1905. Bien que ses amis aient été des « modernes » (Picasso, Apollinaire, Salmon...), il perçut le danger que représentait le cubisme, si contraire à sa peinture qu’il sentait menacée. Il renonça à l’aventure et fuit Paris en 1906, et se réfugia au plus profond de sa Normandie, inscrivant sa peinture dans un régionalisme fervent. Il mena parallèlement une carrière de magistrat. Il entre dans la Résistance pendant la guerre.

- Le maire et armateur de Granville Emile RIOTTEAU (1837-1927), qui fut député de la Manche de 1876 à 1906, puis sénateur de ce même département de 1906 à sa mort. Le nom d’Émile Riotteau, qui fut ambassadeur des courses de chevaux à l’Assemblée, a été donné à une course hippique de trot monté se déroulant généralement au mois de décembre (parfois janvier) sur l’hippodrome de Vincennes.



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vendredi 14 février 2014

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