BORDEAUX (33) : cimetière des Etrangers (disparu)
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Qu’elles soient juives ou protestantes, les communautés religieuses étrangères établies à Bordeaux ont été contraintes de posséder leur lieu de sépulture, les catholiques ne tolérant pas très souvent de les recevoir dans leur propre enclos.
Ayant perdu toute existence légale depuis la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les protestants furent obligés d’établir leurs nécropoles à l’extérieur de la cité. Avant l’établissement de ces cimetières, ils avaient dû enterrer leurs morts dans les jardins ou les couvents qui acceptaient parfois de les recevoir dans l’anonymat. Pour ceux qui mouraient dans les hôpitaux, leurs dépouilles étaient transportées dans les marais pestilentiels de l’Archevêché (quartier Mériadeck actuel) et déposés dans des fosses improvisées.
Un premier cimetière protestant est mentionné à Bordeaux, en 1563, dans le quartier de la rue des Ayres, près de la commanderie de Saint-Antoine. Il fut rapidement saturé. Un second fut ouvert en 1751, rue Pomme d’Or, dans le faubourg des Chartrons. À son tour trop petit pour contenir les défunts de la communauté protestante en forte croissance - luthérien d’Allemagne, anglican de Grande Bretagne, calvinistes - il en fut créé un autre par le Consistoire en 1779 au Sablonat, près de la Porte d’Aquitaine.
Première inhumation en 1886
En 1769, Jean-Philippe Weltner, Consul de Lübeck et négociant, achète un terrain à Madeleine Denis pour la somme de 4 300 livres afin d’y créer un cimetière destiné aux « protestants étrangers ». Par lettre patente, Louis XV donna son approbation pour l’établissement de ce futur cimetière qui prit le nom d’« Étrangers ». Située entre le cours Journu-Auber et le cours Saint-Louis, cette nouvelle nécropole offrait une superficie de seulement 2 700 mètres carrés.
Pieter Jacob, charpentier de navire, originaire de Finlande y fut le premier inhumé. Le 14 mai 1886, le cimetière accueillit son dernier occupant et ferma définitivement ses portes trois ans après. En 118 ans de fonctionnement, il reçut un total de 1 103 personnes. Puis il devint un jardin où poussaient arbres fruitiers et ceps de vigne. Quelques épitaphes relevées en 1914 mentionnent les noms de défunts de qualité, dont Jacques Wüstenberg, Consul de sa Majesté le roi de Prusse ; Samuel de Perrot, Consul général de France de sa Majesté le roi de Hanovre ; Henri de Bethman, Consul général d’Autriche. Dans un coin du cimetière, se trouvait les tombeaux de Jean Maendlen, « savant dans l’art de guérir », et de Georges Maximilien Comte de Münster, etc. tous entreprenants étrangers dont la vie s’acheva à Bordeaux.
Aujourd’hui il ne reste aucune trace de ce petit cimetière, détruit en 1965, pour faire place au bâtiment de la Caisse régionale de la sécurité sociale, sinon quelques photos prises au début du siècle et une aquarelle de Fontan, réalisée en 1912. Seules les sépultures de Jean-Philippe Weltner, et Schickler furent déposées rue Judaïque et quelques ossements provenant du cimetière, regroupés dans la chapelle de la famille Johnston, une des plus imposantes de la nouvelle nécropole. On n’a pas pu arrêter le pic des démolisseurs ; s’en suivit la destruction des sépultures, dont certaines élégantes par leur style et la délicatesse de leur décor. Le Musée d’Aquitaine sauva in extremis quelques plaques funéraires, notamment la longue épitaphe écrite en français et anglais de John Viollet, conservée aujourd’hui dans ses réserves.
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