LYON (69) : ancien et nouveau cimetière de la Guillotière

visités en mai 2001, revisités en octobre 2022 - article mis à jour
vendredi 11 novembre 2022
par  Philippe Landru


Avant la fin du XVIIe siècle n’existaient à Lyon que des cimetières paroissiaux de taille réduite. En 1695 fut créé, pour accueillir notamment les morts de l’Hôtel-Dieu, le cimetière dit « de la Madeleine ». En 1807, ce fut le tour du cimetière de Loyasse, sur la colline de Fourvière. Mais ceux-ci restaient très insuffisants face aux besoins d’une cité industrielle en expansion démographique rapide : il fut donc décidé de créer un nouveau cimetière à La Guillotière, le long de la route de Grenoble.

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Vue de l’ancien cimetière.
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Vue de l’ancien cimetière.

Il n’ouvrit cependant ses portes qu’en 1822. Lors du rattachement de la commune de La Guillotière à Lyon en 1852, il devint ainsi le principal cimetière de la ville de Lyon. Néanmoins, dès 1854, il s’avéra insuffisant. De nouvelles extensions du cimetière de Loyasse furent envisagées, mais c’est finalement ici qu’ouvrit un nouveau cimetière, en septembre 1859. Antoine-Marie Chenavard en fut l’architecte. Il fut organisé selon un tracé radioconcentrique (voir plan google), ce qui est également le cas du cimetière de Loyasse. Il fut agrandi à de nombreuses reprises et est aujourd’hui le plus grand cimetière de Lyon.

Les deux cimetières, distants d’une centaine de mètres, sont actuellement séparés par le croisement de l’avenue Berthelot et le faisceau de voies ferrées reliant la gare de la Part-Dieu à celle de Perrache. On parle donc « d’ancien » cimetière de la Guillotière« pour évoquer celui de 1822, et de »nouveau cimetière" pour celui de 1859. Le cimetière a été bombardé le 26 mai 1944. Certaines tombes gardent des traces d’obus.


Ancien cimetière de la Guillotière


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Guerite abandonnée de l’ancienne entrée.

Si l’actuelle entrée principale de l’ancien cimetière se fait Bd des Tchécoslovaques, elle se faisait à l’origine rue du Repos. La vieille entrée se trouve donc désormais au fond du cimetière, ce qui explique que c’est à cet endroit que l’on trouve les plus vieux tombeaux. A l’ouest, du côté de la nouvelle entrée, les sépultures sont modernes et datent pour la plupart des années 80.

L’ancien cimetière, avec une superficie de 5,4 hectares, est plus petit que le nouveau.


Curiosités


- On jour sur l’homonymie dans ce cimetière, et la présence de lions sur les tombes est beaucoup plus fréquentes que dans n’importe quel autre cimetière de France.

En dehors de ces lions, peu de sculptures et d’ornements dans ce cimetirère.


Célébrités : les incontournables...


- Ferdinand MONOYER
- Claudius RIVOIRE


... mais aussi


- Le tombeau de la famille BABOLAT, entreprise familiale d’équipements sportifs, en particulier de raquettes.

- Le brasseur de bière lyonnais André COMBALOT (1770-1841), qui possédait une grande partie du quartier de la Guillotière. Sa chapelle est ornée d’un médaillon et d’un buste.

- Le poète dramatique Romain DECLAT (L. Bonichon : 1863-1950), qui repose dans le caveau Col-Bonichon.

- Le docteur Charles-Paul DIDAY (1813-1894),membre de l’académie de Médecine, qui fut chirurgien-major à l’hôpital de l’Antiquaille à Lyon. Il se spécialisa dans la recherche sur l’infection sexuellement transmissible, les maladies vénériennes, la blennorragie et la syphilis. Lors de ses nombreuses recherches, Charles-Paul Diday va jusqu’à s’inoculer le pus d’un chancre mou : le chancre devint ulcéreux, un énorme bubon se développa et il fallut plusieurs mois pour qu’il guérisse. Sa tombe est ornée d’un médaillon en bronze par Thomas Lamothe.

- Frédéric DUGOUJON (1913-2004) : ce médecin de Caluire-et-Cuire est entré dans l’histoire de manière bien involontaire ! Il mit sa maison, qui abritait également son cabinet, à la disposition de la Résistance. C’est là que Jean Moulin fut arrêté en juin 1943. Arrêté et emprisonné à la prison Montluc, Dugoujon fut libéré en janvier 1944. Il ne quitta sa demeure qu’en 1996. La maison fut alors acquise par le conseil général du Rhône et transformée en 2003 en lieu de mémoire de la Résistance. Frédéric Dugoujon fut après la guerre député du Rhône de 1973 à 1981.

- Le commandant Marius-Paul FAURAX (1849-1892), qui dans le contexte de la colonisation fut envoyé au Dahomey pour s’opposer aux troupes de Béhanzin. Il fut tué au combat.

- Ernest LAFONT (1879-1946) : avocat, il commença sa carrière politique en tant que socialiste révolutionnaire et fut maire de Firminy de 1912 à 1919. Député de la Loire de 1914 à 1928, puis des Hautes-Alpes de 1928 à 1936, , il adhéra au Parti communiste après le Congrès de Tours en 1920. Il en fut cependant exclu dès 1923 pour s’être opposé à l’exclusion des francs-maçons et des dirigeants de la Ligue des droits de l’homme, et participa alors à la fondation de l’Union socialiste communiste. Exclu de la SFIO en 1933, il fonda le Parti socialiste de France et devint, de 1935 à 1936, ministre de la Santé et de l’Education physique. Aux élections législatives de 1936, il échoua à être réélu député du fait de l’opposition du Front populaire qui le considérait comme « renégat ». Il repose dans le caveau familial paternel.

- Le médecin en chef de l’hôpital de Lyon Michel-Jules MARMY (1815-1884) qui fut inspecteur de santé des Armées.

- L’architecte Raymond MESTRALLET (1909-1943), élève et familier d’Auguste Perret, auteur du nouveau pavillon de l’Institut franco-japonais du Kansaï à Kyoto (1936).

- Jean-Louis François RICHARD-VITTON (1804-1874), maire du 3e arrondissement de Lyon et créateur du quartier de Montchat. Il repose dans le caveau familial paternel où repose également Henri VITTON (1793-1834), ancien maire de la Guillotière mort en duel pour défendre ses idées royalistes.

- Le général Louis RIVET (1883-1958), qui fut affecté de 1921 à 1924 à la mission militaire française en Pologne - dont faisait aussi partie le capitaine Charles de Gaulle - menée par le général Weygand en appui à l’Armée polonaise pendant la guerre soviéto-polonaise. Il fut chargé de la section allemande et observa comment les services allemands utilisaient la société civile pour agir en dépit des interdictions du traité de Versailles. Il devint un spécialiste de l’Allemagne et de l’Europe centrale. Afin de continuer la lutte contre l’envahisseur, Rivet jeta les bases de l’organisation clandestine des services spéciaux au sein de l’Armée d’armistice du régime de Vichy : les activités clandestines du service de renseignements militaires pendant l’occupation furent également connues sous le nom de S.R. Guerre ou Réseau Kléber. Averti de l’imminence du débarquement en Afrique du Nord par l’Intelligence Service, il rejoignit l’Algérie en novembre 1942.


Nouveau cimetière de la Guillotière



Curiosités


-  A l’entrée du cimetière, une pancarte rend compte d’une anecdote étonnante concernant la maison du gardien qui se trouve à proximité : on y apprend qu’en 1908, c’est ici que s’installa Jules Bonnot chez les époux Thollon, gardiens du cimetière. L’épouse, Judith, devint rapidement la maîtresse de celui qui n’était pas encore le théoricien de l’anarchisme. A cette époque, déjà auteur de nombreux méfaits, il travaillait chez Berliet et gérait parallèlement un atelier de mécanique. De cet atelier, chaque nuit, partaient des expéditions contre les coffres-forts de la région lyonnaise. Le 2 décembre 1911, après l’assassinat par Bonnot de l’un de ses complices, une perquisition fut effectuée dans la maison des gardiens : on y trouva des chalumeaux, des perforeuses, des produits chimiques, de la fausse monnaie et même un Manuel révolutionnaire pour la préparation des bombes ! En mai 1912, les époux Thollon comparurent devant la Cour d’Assise du Rhône : inculpés de complicité de recel de vol, ils furent condamnés respectivement à 4 et 1 an de prison, avec bénéfice du sursis pour Judith. La maison est toujours là.

-  Un monument honore les soldats italiens tombés pendant la Première Guerre mondiale. Inauguré en 1925, il est ornée de la statue « la Grande madre » (la mère patrie), réalisée en marbre de Carrare par le sculpteur Vicenzo Pasquali. Elle porte à sa base une inscription en italien dont la traduction signifie : La colonie italienne de Lyon avec le généreux concours de l’association des soyeux de Milan a érigé ce monument pour perpétuer la mémoire des soldats italiens tombés en France pour la plus sainte des causes et pour rappeler aux générations futures que l’Italie et la France ont connu ensemble souffrance, larmes et gloire - 1915-1918. Ce carré de près de 300m² a été concédé à perpétuité au gouvernement italien par Edouard Herriot. Sur la grille entourant le monument sont fixées 144 plaques portant le nom des militaires morts au combat sur le sol français, qui sont inhumés dans le caveau sous le monument. 71 soldats sont enterrés dans l’espace restant : ils avaient été préalablement inhumés à Oullins.

-  Le cimetière dispose d’un monumental crématorium, édifié par l’architecte Etienne Curny et utilisé à partir de 1911, flanqué de columbariums et d’un verdoyant jardin du Souvenir. L’architecte paysagiste Pedro Andrade Silva a conçu un espace de cérémonie, de contemplation et de recueillement. La zone de dispersion, avec une fontaine à bouillonnement, est bordée de stèles brisées en pierre de Rocheret qui évoquent la mémoire des morts.

- Le cimetière de la Guillotière possède un nombre considérable de tombeaux ayant un attrait particulier : difficile en une visite de tout appréhender. Cet article recensera les plus remarquables, sans pour autant être exhaustif.

L’allée principale, menant vers le rond-point central, offre un magnifique panorama de tombeaux ouvragés.

- Le tombeau de Jean-Philippe Anstett (1831-1887), né à Strasbourg « et donc Français de naissance » comme le proclame son tombeau. Président de sociétés patriotiques, il fut nommé « consul des Alsaciens-Lorrains de Lyon ». Sa longue épitaphe renvoie au contexte revanchard des années qui suivirent la perte de l’Alsace-Moselle suite à la guerre franco-prussienne de 1870.

- De nombreuses tombes illustrent la réussite économique des grandes familles industrielles de Lyon : les Lumière, les Milliat, les Berliet, les Perrache...

- De nombreux très beaux tombeaux :

    • La chapelle ouvragée des Charpin-Godet.
    • La très belle tombe art-déco d’Adolphe Garilland.
    • Bébés, angelots, chiens familiers... les détails sont nombreux dans la statuaire du cimetière...
    • Bien entendu, le cimetière à son lot de pleureuses, de veilleuses, d’anges élancés...
    • La tombe de Georges Monget, ornée à la fois d’un médaillon en bronze et d’une pleureuse en pierre.
    • Un magnifique Saturne harassé en bordure de l’Allée principale.
    • De nombreux bustes et médaillons
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      Tombe Piotti
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      Médaillon de la tombe Monget
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      Tombe Faure
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      Tombe Buche
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      Buste de Pierre Bataille par Pierre Devaux.
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      Tombe Thivolet-Dumaine
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      Tombe Arnaud

- Comme dans l’ancien cimetière, les lions ont la part-belle ici aussi.


Les célébrites : les incontournables...


- Marius BERLIET
- Auguste et Louis LUMIÈRE
- Jacques MARTIN
- Max MEYNIER
- La famille de cirque RANCY
- François VIBERT

Les Compagnons de la Libération André BOLLIER (1920-1944) et Gustave ANDRÉ (1908-1944) avaient été inhumés dans ce cimetière avant d’être transférés dans le cimetière militaire La Doua de Lyon.


... mais aussi


- Le peintre et graveur lyonnais Hector ALLEMAND (1809-1886), qui repose sous son buste en bronze.

- L’épicier Djebraïl BAHADOURIAN (1907-1991), appartenant à la diaspora arménienne ayant fui le génocide en 1914, créateur d’un réseau d’épiceries fines spécialisé dans les produits exotiques.

- Robert BATAILLY (1934-2017), ancien maire du 8e arrondissement de Lyon, qui fut un éphémère député européen en 1989.

- Clotilde BIZOLON (1870-1940), figure populaire de la ville : ayant perdu son fils aux combats en 1915, elle créa un restaurant destiné aux soldats dans la gare de Perrache, le déjeuner du soldat, où elle servait des repas gratuits (on l’appela désormais la « maman des poilus »). Elle fut assassinée chez elle durant la Seconde Guerre mondiale.

- François BOQUET (1913-1987) : résistant, il fut arrêté et déporté à Buchenwald où il recréa un réseau de Résistance. Après la guerre, il poursuivit une carrière militaire en tant que général. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- La première femme pilote de chasse de l’armèe de l’air française Elisabeth BOSELLI (1914-2005), détentrice de plusieurs records, qui achemina le courrier des troupes durant la Guerre d’Algérie.

- Le spirite Alphonse BOUVIER (1851-1931), qui fut co-fondateur avec Célestin Brémond de la « Fédération lyonnaise et régionale des spiritualistes modernes »(1903-1910), Directeur-fondateur des revues spirites « L’Union occulte française »(1890-1891) et de « La Paix universelle »(1891-1910). (allée centrale, allée 20).

- Jules BRUNARD (1837-1910) : conseiller municipal, adjoint au maire, il fut député radical-socialiste du Rhône de 1902 à 1910. Il fut aussi le « fondateur et Président du Denier des Ecoles de la Guillotière ». Son buste orne sa tombe.

- L’ouvrier métallurgiste Jean CAGNE (1907-1958), qui devint membre du Comité central du Parti Communiste et qui fut député du Rhône de 1951 à 1958. Sa tombe est ornée de son médaillon en bronze.

- L’architecte et cartographe de Lyon Laurent DIGNOSCYO (1795-1876).

- Le joueur d’échecs René FANKHAUSER (1905-1985), qui fut champion de France en 1945.

- L’acteur Georges GREY (Georges Gacon : 1911-1954), qui tourna